banlieue rouge

Comment juger a posteriori des convictions que les lendemains démentiront ? À la fin de la grande tuerie de 14-18, le PCF naîtra d'une espérance révolutionnaire que sa jeune génération se sentait capable de concrétiser.
Ainsi, au lendemain des législatives de 1924, L'Humanité organe central du Parti communiste S.F.I.C du 13-5-24 n'y allait pas par quatre chemins :

" Paris encerclé par le prolétariat révolutionnaire.

« Le Cartel des gauches est assuré de remporter la majorité absolue dans la banlieue parisienne » disait l’abondante littérature « à la peau d’ours » dont la liste Laval inondait le 4e secteur.
Le réveil fut rude…
Dans la banlieue de Paris où Doriot passe [1], la liste du Bloc ouvrier et paysan arrive avec neuf élus, une majorité de six mille voix sur le Bloc national et de douze mille sur le Bloc des gauches !
La réaction, la vraie, sous ses deux faces, y est battue. À Paris, nous emportons deux sièges dans chaque secteur.
En Seine-et-Oise, trois élus, dont Marty [2], soufflettent et jettent bas les Tardieu [centre droit]. C’est autour de Paris une large tache rouge qui s’étend.
La victoire révolutionnaire, au point de vue stratégique, est incontestable.
Paris, capitale du capitalisme, est encerclé par un prolétariat qui prend conscience de sa force.
Paris a retrouvé des faubourgs ! 
Le succès du 11 mai contient en puissance le contrôle, par le prolétariat révolutionnaire, des quartiers réactionnaires du centre, de ses banques, de ses monuments d’État, de son ravitaillement, de ses voies de communication, de ses casernes.
Il montre au prolétariat de nos provinces, dont les radicaux alliés aux socialistes ont surpris la bonne foi, ce que peuvent faire des travailleurs qui s’attachent à se défendre eux-mêmes, sans s’attarder aux boniments intéressés des gauches en Cartel…
Le bassin de Paris (Seine et Seine-et-Oise) donne en 1924, au communisme le plus intransigeant, malgré toutes les calomnies de toutes les dissidence, un chiffre de voix supérieur à celui qu’obtenait en 1919 un parti socialiste tout empêtré d’idéologie bourgeoise…
Il ne reste plus qu’à Frossard [3] et autres Méric [4], ignominieusement battus, qu’à tenir le rôle dérisoire de ces malheureux auxquels l’Intérieur fait donner cent sous à charge de crier au passage des officiels, les après-midi de 14 juillet : « Vive la République ».
Et maintenant, au travail, camarades !
Vous avez eu le bulletin de vote, mais c’est encore votre ennemi de classe qui tient le fusil…
Paul VAILLANT COUTURIER "
[député et journaliste communiste]

 

[1] Jacques Doriot, dirigeant des Jeunesses communistes, était alors emprisonné à cause de son action contre la guerre du Rif. Son élection à Saint-Denis le fera libérer.

[2] André Marty, emprisonné en 1919 pour sa participation à la révolte des Marins de la Mer noire, est gracié en 1923 après une une grande campagne en faveur de l'amnistie des Mutins. Il adhère alors au Parti communiste.

[3] Ludovic Oscar Frossard, secrétaire général de la S.F.I.O (socialistes) à partir de 1918, puis secrétaire général du Parti communiste né au Congrès de Tours en décembre 1920. Hostile à la "bolchévisation" du parti, il démissionne et crée un groupe dissident, le Parti communiste unitaire, qui deviendra Union socialiste-communiste. Il est candidat sans succès aux législatives de 1924 sous les couleurs du Cartel des Gauches (socialistes et radicaux).

[4] Le journaliste Victor Méric, d'abord anarchiste, est élu au Comité directeur du Parti communiste en décembre 1920. Il y demeure jusqu'en 1922. Hostile à la "bolchévisation" du parti et à l'exclusion des membres de la Ligue des droits de l'homme, il démissionne en janvier 1923 et fonde avec Frossard le Parti communiste unitaire.