affaire

Février 1878, Clovis Hugues sort triomphalement acquitté de la cour d’assises d’Aix-en-Provence. Quelques mois auparavant, il avait étendu tué en duel Joseph Daime, alias Désiré Mordant, un journaliste de l’organe Bonapartiste L’Aiglon des Bouches-du-Rhône, qui avait insulté sa jeune épouse : une femme qui ne se marie pas à l’église n’est pas digne de porter la couronne nuptiale. Hugues venait d’épouser, (civilement et donc au grand scandale des bien-pensants), Jeanne Royannez, la fille d’un publiciste républicain avancé bien connu, ancien proscrit de 1851. Le duel avait fait d’autant plus de bruit que Daime était connu comme un bretteur redoutable, et le jeune Hugues, après ses quatre années de prison, n’avait guère eu le désir et le loisir de s’initier au maniement de l’épée… On peut donc mesurer, dans sa provocation juvénile (il était né en 1851), sa rage et son courage…
Six ans après, en janvier 1885, à Paris où le couple vivait, Jeanne Royannez, épouse Hugues, était triomphalement acquittée par la cour d’Assises. Peu auparavant, elle avait abattu de plusieurs balles de revolver, en plein palais de justice de Paris, François Morin, qui depuis de longs mois menait une campagne de calomnies relatives à sa vie privée. Morin, agent d’affaires douteux, détective privé d’occasion et quelque peu maître chanteur, était au service d’une noble mythomane  qui accusait Mme Hugues d’avoir séduit son époux, qui la délaissait. Et naturellement, la presse de droite, toute heureuse de pouvoir par ricochet salir un député d’extrême gauche, avait amplement fait écho à ces accusations : Madame Hugues n’était qu’une rouleuse, dont la conduite avant et après le mariage illustrait l’immoralité d’un certain milieu artistique (elle était sculpteur) et socialiste libre-penseur.
On ne résiste pas au plaisir de citer un extrait du compte-rendu venimeux de La Croix (10 janvier 1885) :
« Il est bon de rappeler que la vertu de Mme Hugues a déjà eu besoin du sang d'une victime, et que M. Hugues, pour la venger, a tué en duel un journaliste qui avait flétri comme il convient l'union sans Dieu que M. Hugues avait affichée avec Mlle Royannez, qui se fait appeler Mme Hugues, à cause d'une scène de mairie qu'on substitue au mariage comme on substitue maintenant des baptêmes au pétrole à celui du Sauveur ».
L’affaire eut un retentissement énorme. Elle sera aussitôt portée au théâtre à Milan par Tito Mammoli, sous le titre : « La Vendetta della signora Hugues, ovvero Una Donna que uccide »…
Les cinéphiles se souviennent peut-être du film à sketches de Gérard Oury, sorti en 1962, Le crime ne paie pas, inspiré des célèbres bandes dessinées et chroniques de Paul Gordeaux dans France-Soir. Dans l’un des quatre sketches, L’affaire Hugues, c’est Michèle Morgan qui joue le rôle de Jeanne Hugues, et Philippe Noiret celui de Clovis Hugues…