giornata

Fasciste ? À prendre stricto sensu le mot "fasciste", c'est évidemment du côté de l'Italie (qui l'a vu naître) qu'il fallait se retourner.

C'est ce que des billets précédents ont tenté, en évoquant cette mutation étrange de Mussolini, (au sein d'une partie de l'extrême gauche socialiste révolutionnaire, virant comme lui au nationalisme et au bellicisme), et en pointant ce fascisme ascendant (qui sut démagogiquement conquérir une partie des "masses" italiennes entre 1919 et 1922, dans l'affrontement physique et idéologique avec une autre Italie).

Mais, de 1922 à 1943-1945, ce fut le "vrai" fascisme, le fascisme installé, "descendant", totalitaire, dominant, infiltrant la société par tous ses pores, et se targuant de façonner les humains. Fascisme d'ailleurs parfaitement toléré, voire encensé et magnifié par la presse française bien pensante de l'entre deux guerres.

Sans autres développements, un de nos jeunes contemporains, parfaitement ignorant de ce que fut ce fascisme, pourrait facilement le comprendre, en visionnant le magnifique film de Scola, Une journée particulière, que j'évoquais dans un billet d'octobre 2013s.

Dans le huis-clos des deux appartements, et dans la présentation de l'immeuble mussolinien vidé de ses habitants par la cérémonie d'accueil de Hitler à Rome, tout est dit sur ce qu'a pu être le fascisme pour la population italienne : l'endoctrinement des enfants et des jeunes, le culte de la force passant par celui de l'uniforme et la célébration de la guerre, la délation permanente (la concierge), le rapport érotique au Duce (l'album d'Antonieta, la révélation de sa grossesse le jour où elle rencontre le regard du duce), la façon dont le régime transcende les minables en "durs" (le mari), et veut figer l'éternel chaos italien dans un système qui singe les postures du nazisme (l'affiche espagnole a bien raison de faire figurer la svastika, absente des affiches italiennes et françaises du film), j'en passe et des meilleures.

Tout ceci avancé par Scola sans didactisme pesant : la musique et les commentaires de la radio fasciste, - fond sonore de la rencontre d'Antonieta  de Gabriele -, suffisent amplement. 

De cette prise en main qui dura vingt ans et plus, de cette overdose conformiste et nationaliste, avec, à la clé, l'aventure africaine, l'engagement armé contre l'Espagne républicaine, contre les Alliés et contre l'U.R.S.S, comment le peuple italien, consciemment ou pas, ne porterait-il pas les séquelles, aujourd'hui encore  ?

Oui, mais qui dit "fascisme" ne dit-il pas aussi "antifascisme" ? Certes. Et nombre d'Italiens courageux en témoignèrent au prix de leur liberté et de leurs vies.

Pour autant, magnifier l'antifascisme politique n'est pas directement le propos du film.

Pierre Desproges a pu écrire à ce sujet : "Dans Une Journée particulière, d'Ettore Scola, Mastroianni, poursuivi jusque dans sa garçonnière par les gros bras mussoliniens, s'écrie judicieusement à l'adresse du spadassin qui l'accuse d'antifascisme : "Vous vous méprenez, monsieur, ce n'est pas le locataire du sixième qui est antifasciste, c'est le fascisme qui est antilocataire du sixième".

Aujourd'hui, ou le mot "fasciste" est un peu mis à toutes les sauces, ce rappel du propos de Gabriele (Mastroianni) pointe la racine du mal : le fascisme, en imposant ses codes de comportement et sa vision du monde, est la matrice et l'exaspération de tous les totalitarismes, hards ou softs, religieux ou politiques, dictatoriaux ou consuméristes, qui prétendent "guérir" l'individu de sa spécificité d'épanouissement personnel et de faculté raisonnante, en le coulant dans le moule unique. 

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