L'Humanité, organe central du Parti communiste (S.F.I.C.) a dès le début condamné la répression de la révolution syrienne. Le 26 octobre 1925, elle publiait en première page la photo de "rebelles" pendus et exposés à la foule devant la prison de Damas, assortie du commentaire suivant : " Après pareil témoignage, qui pourrait douter de la douceur et de la nécessité de la "civilisation occidentale" apportée en Syrie comme au Maroc, par le militarisme français ? "

On peut lire en première page du n° du 29 octobre 1925 :

" Comment se déroulèrent les derniers événements de Damas.

On sait et nous aurons l'occasion d'y revenir en détail, comment dès son arrivée, l'incapable proconsul Sarrail fit déborder par deux ou trois gaffes brutales, la coupe déjà remplie par les exactions et les méthodes "civilisatrices" de ses deux prédécesseurs.

Mais on connaît moins - et pour cause - ce qui s'est passé à Damas même, ces deux dernières semaines. Grâce au télégramme très complet du correspondant du Times, et daté du 25 octobre, nous avons un récit fidèle, et une preuve de plus de la manière élégante dont s'exerce la dictature du militarisme français !

Une parade macabre.

Il y a quelques jours, raconte le correspondant du Times, douze rebelles furent exécutés à Damas, mais au lieu d'exposer seulement les cadavres selon la coutume orientale, l'autorité militaire les fit attacher à des chameaux et organisa une macabre parade. On devine l'impression désastreuse produite sur les indigènes déjà indignés par les vexations précédentes. Aussitôt la population décida de les venger et trois jours plus tard douze Circassiens employés par les Français comme auxiliaires, furent tués.

Puis dans la nuit du 7 octobre, des soldats français étaient attaqués à leur tour. La nuit suivante, des Druzes venus des villages voisins, situés au sud de la ville, pénétrèrent dans Damas. La police fut désarmée et l'insurrection maîtresse de la ville. Le 18 octobre, le général Sarrail envoya à travers la ville des chars d'assaut tirant dans toutes les directions. La foule se mit à construire des barricades. A six heures du soir, le bombardement français commença et fit rage jusqu'au 20 octobre après que les troupes eurent été retirées de la ville. Pendant ce temps, les aéroplanes lançaient des bombes et mitraillaient les habitants. Le 20 octobre à midi, le feu cessa.

Les dégâts : Le bombardement avait fait des dégâts considérables. La mosquée Senauyah a été en partie détruite. Le palais d'Azim, où était installé l'institut d'art musulman, a été anéanti avec toutes ses collections. De nombreuses maisons de notables ont été rasées. De plus les récoltes ont été saccagées.

On mande du Caire au Daily Mail qu'un voyageur qui vient d'arriver de Damas donne des renseignements sur la révolte des Druses il y a 9 jours. La période pendant laquelle dura le bombardement français jeta dans le pays une terreur inoubliable. Il est difficile d'estimer le nombre des victimes. On les voyait en travers des rues par centaines et il est probable qu'au moins 2.000 de ces victimes furent ensevelies sous les décombres des maisons bombardées.

[...] Tous les journaux bourgeois d'hier matin reconnaissaient la gravité de la situation en Syrie, et tous se contentaient de déplorer le silence du gouvernement. Le journal des Débats constatait simplement "l'obligation d'emprunter à la presse étrangère les informations qui sont refusées par les autorités."

En vérité, c'est un véritable défi à l'opinion publique française que l'attitude du gouvernement " démocratico-pacifiste " [cartel des gauches : radicaux, soutenus par les socialistes], depuis le début de l'insurrection syrienne. Ne sortant d'un silence criminel que pour rentrer dans le mensonge flagrant, puis se cantonnant à nouveau dans l'indifférence la plus absolue, ne jetant en pâture à cette opinion publique énervée que la phrase désormais historique : "Le calme règne en Syrie", phrase toujours annonciatrice des plus sanglantes bagarres, M. Painlevé [socialiste indépendant, président du conseiln'est conduit que par l'unique souci d'éviter tout ennui prématuré au franc-maçon incapable et stupide qui a pris la succession des jésuites astucieux mais habiles : Gouraud - Weygand !

L'insurrection gagne en largeur et en profondeur, les défaites succèdent aux désastres, les hommes tombent, les renforts partent... Mais de cela M. Painlevé et ses collègues n'ont cure : ils sont trop occupés à se disputer les guenilles du pouvoir pour avoir le temps de s'intéresser à cette misérable et lointaine aventure !

Du reste, n'ont-ils pas, là-bas, placé leur homme de confiance, le général Sarrail, et tout ce qu'il fait n'est-il pas bien fait ?

SAINT-PREUX