têtes coupées

Un détail, me dira-t-on, mais qui a son importance.

Dans son récent et fort intéressant ouvrage L'ordre libertaire. La vie philosophique d'Albert Camus, Michel Onfray présente une série de photos illustrant la cruauté inhérente à tous les conflits, et à tous les camps... Une de ces photos représente une brochette de militaires plutôt débraillés posant complaisamment, des têtes coupées en main. Elle est ainsi légendée : " Soldats posant avec les têtes coupées de leurs ennemis, Espagne, vers 1936 ". Quels soldats, et donc quels ennemis ? Franquistes ? Républicains ? Peu importe... C'est la guerre qui est en cause, et la nature humaine...

Or cette photo a été publiée dans différents journaux européens, et, en France, par L'Humanité organe central du Parti communiste (S.F.I.C), dans sa première page, le 3 janvier 1926 (j'écris bien mille neuf cent vingt six), sous le titre " La "civilisation" occidentale ! " avec le commentaire suivant : " Nous avons déjà publié une série de photos démontrant comment le haut-commandement français entendait appliquer en Syrie sa "paternelle" administration. Voici un nouveau document qui prouve que le gouvernement de Primo de Rivera n'a rien à envier au gouvernement "démocratico-pacifiste" Briand - Painlevé, quant aux méthodes de pacification occidentales." Il ne s'agit donc pas de la guerre d'Espagne, il s'agit bien de la guerre menée contre la République marocaine du Rif par l'armée espagnole de Primo de Rivera, les soldats sont ceux de Franco, qui fit ici ses armes, les têtes sont celles de combattants rifains.

Je sais, je sais, on travaille vite, trop vite, on ne vérifie pas les sources fournies par les documentalistes, et puis, les Rifains après tout n'ont-ils pas agi de même (Onfray en fait état), et puis et puis, que pèse une erreur minuscule au regard de la masse documentaire et du souffle de l'ouvrage ? Sans doute. Il n'empêche, c'est par la multiplication de ces piqûres d'épingle à la stricte vérité factuelle que l'idéologie remplace le sérieux historique. Je pense que les historiens et les spécialistes de Marx, pour ne parler que d'eux, auront bien des choses à reprendre après lecture...