Louis_Marius_Rouit

À propos de la profession de foi électorale (avril 1848) du docteur Rouit, de Mane (Basses Alpes), futur organisateur et dirigeant de l’insurrection de 1851. Documents.
Lors du 150° anniversaire de l’insurrection de 1851, Monsieur Jacques Depieds, Maire de Mane (Alpes de Haute-Provence), saluait, dans un bel article [1], la mémoire d’un de ses prédécesseurs, qui fut un des organisateurs et des dirigeants de la Résistance bas-alpine de 1851 le docteur Louis-Marius Rouit. Et la mémoire de ce vaillant républicain demeure sur le site officiel de la commune, auquel nous empruntons cette photo [2]. (Mane est une localité proche de Forcalquier).
En 2000 toujours, lors de sa journée d’études de Toulon, notre Association 1851-2001 rendait hommage à l’écrivain toulonnais d’origine bas-alpine, Jean Rambaud, pour son roman Frédéric Arnaud (Stock, 1974). À cette occasion, Jean Rambaud m’avait permis de prendre connaissance des documents que des descendants d’insurgés lui avaient communiqués, lors de la préparation et de la première présentation de cet ouvrage consacré à l’événement, et notamment deux lettres adressées à Rouit, que nous présentons dans cet article.
Nous n’établirons pas ici la biographie de Louis-Marius Rouit. Nous ne développerons pas non plus son rôle dans l’insurrection de 1851. Rappelons seulement que la confiance de ses concitoyens l’avaient porté à la direction de la Commune avant 1848 [3], et à nouveau en 1848 [4], et que ses prises de positions démocratiques l’avaient fait révoquer par le préfet en 1849. Rappelons encore qu’en 1850, après l’arrestation des principaux dirigeants démocrates socialistes bas-alpins [5], Rouit fit partie du groupe militant qui renoua les fils de l’organisation et se prépara à riposter à un éventuel coup de force. Il sera donc accusé d’avoir été un chef des fameuses « sociétés secrètes », et d’avoir fait de Mane leur épicentre. C’est en effet à Mane que se réunirent le 4 décembre les dirigeants démocrates de l’arrondissement de Forcalquier. C’est de Mane qu’un émissaire (monté sur le cheval de Rouit !) ira porter à Manosque la décision d’insurrection. C’est à Mane que le 5 décembre, jour de marché, un coup de fusil tiré sur la place rassemblera les hommes qui marcheront sur Forcalquier… L’épopée de l’insurrection bas-alpine venait de commencer.
Rappelons encore que le docteur Rouit paiera cet engagement d’une condamnation à la transportation en Algérie, et qu’il ne reverra Mane qu’en 1858 [6]. Malgré la suspicion des autorités de l’Empire, puis de la République conservatrice, mais avec l’aval de la population, il poursuivra jusqu’à sa mort (1878) son engagement de « républicain avancé » dans la vie communale.
Nous focaliserons seulement ici sur la profession de foi que Rouit adresse aux électeurs bas-alpins, en avril 1848, document intéressant à bien des égards. 
Il intéresse déjà par sa date. Les élections des représentants à la première assemblée élue au suffrage universel (masculin) doivent avoir lieu les 23 et 24 avril 1848. Or le texte de Rouit est daté du 19, ce qui signifie, compte tenu des délais de la diffusion (elle relève à l’époque du seul candidat et non pas de l’officialité), que bien peu d’électeurs auront la possibilité de le connaître. Les premières lignes du texte montrent que Rouit est tout à fait conscient de ce handicap, comme il est conscient du risque d’apparaître vainement présomptueux en ajoutant son nom aux opportunistes de tout poil dont l’élection avait chatouillé l’égo.
Mais en fait, il le dit clairement, même si le succès est plus que problématique (et bien évidemment il ne sera pas au rendez-vous), sa candidature est porteuse d’avenir. Ce qui signifie, pour qui sait alors lire entre les lignes, qu’il y a place dans les Basses Alpes pour une autre politique que celle suivie depuis des années par les deux clans de notables dominants, les Duchaffaut et les Fortoul, plats serviteurs de la Monarchie de Juillet et surtout serviteurs de leurs intérêts, reconvertis dans un républicanisme de façade [7]. Ce qui signifie aussi que le commissaire de la République Châteauneuf, qui, à peine arrivé à Digne, a perpétué le pouvoir administratif du clan Duchaffault, ne saurait vraiment représenter les vrais républicains. Cependant, la candidature de Châteauneuf est soutenue par les rares « républicains de la veille » du département, et notamment par ceux de Manosque, qui pensent ainsi affaiblir le poids écrasant des notables. Ce soutien n’a pas dû convaincre Rouit, et l’a peut-être même exaspéré au point d’expliquer sa décision tardive. Décision personnelle ? Il dit avoir répondu aux sollicitations de ses amis. On imagine facilement que, si amis il y avait vraiment, ils ne pouvaient être qu’une poignée, tellement le mouvement démocratique bas-alpin était encore, sinon inconsistant, à tout le moins très faible et sans coordination.
En ce printemps 1848, on le sait, chez les ex-serviteurs de la Monarchie de Juillet, la mode était à l’œcuménisme républicain édulcoré, béni par l’Église, et rassurant pour les notables, qui en rajoutent dans l’adulation du peuple souverain. On voit même le très conservateur Journal des Basses Alpes changer de titre pour s’appeler pendant quelque temps Le Socialiste des Basses Alpes !
Or, pour dissiper ce brouillard idéologique et rappeler implicitement à ces girouettes leurs engagements récents, c’est son appartenance précoce et constante au courant démocratique que Rouit met en avant, en présentant la biographie d’un homme qui va atteindre la cinquantaine. Son itinéraire est l’illustration exemplaire de l’engagement d’une génération libérale bourgeoise, minoritaire certes, mais bien présente dans les débats et les combats du siècle : une génération issue de la bourgeoisie traditionnelle (Rouit est fils de propriétaires aisés), une génération née avec le siècle (Rouit est né en 1799), une génération nourrie familialement des souvenirs glorieux de la Révolution et de l’Empire (en l’occurrence pour Rouit par son oncle, volontaire de 1792). Une génération enfin qui s’oppose d’abord aux Bourbons, dans ce que Rouit appelle « une opinion radico-bonapartiste », puis s’engage contre la Monarchie de Juillet naissante avec la fraction la plus avancée de la société « Aide toi, le ciel t’aidera » [8].
Les chroniqueurs ont souvent insisté sur l’apathie et l’indifférence d’une population rurale bas-alpine tenue à l’écart des grands débats du temps dans les années 1830-1840. À l’évidence, ce point de vue n’est pas celui de Rouit. Rappeler son engagement premier, bonapartiste et révolutionnaire à la fois, prend tout son sens quand on songe au score majoritaire qu’obtiendra dans le département, à l’élection présidentielle de décembre 1848, un Louis Napoléon Bonaparte se réclamant lui aussi du souvenir de l’Oncle et de la Grande Révolution. Et insister devant les électeurs sur son militantisme radical d’antan était en quelque sorte pour Rouit un pari sur les virtualités républicaines avancées de ce peuple apparemment endormi. L’avenir montrera qu’il n’avait pas tort.
Mais si, on l’a vu, l’origine de cet engagement procède d’une mémoire familiale (celle d’une partie de la famille seulement !), transmise dans la petite localité rurale, sa maturation et sa mise en œuvre ont pour cadre la grande ville.  C’est d’abord à la faculté de Montpellier, réputée dans tout le Sud, qu’il commence ses études. Il les poursuivra à Paris. Cet « exil » temporaire, mais prolongé, n’a rien d’original : dans ce département souvent présenté comme à l’écart de la vie nationale, il est fréquent de voir des fils de la bonne bourgeoisie rurale, soutenus financièrement par leur famille, rechercher la meilleure formation de médecin ou de juriste dans la capitale. (À l’opposé de l’éventail politique, un contemporain de Rouit, le docteur Honnorat, originaire d’Allos et médecin à Digne, en est un bon exemple). 
À Paris, comme tant d’autres étudiants idéalistes, Rouit s’initie au militantisme et sent parfois de près l’odeur de la poudre quand Paris s’embrase. Comment ne pas penser au Marius des Misérables ?
Mais si Marius était étudiant en droit, Rouit, qui suivit notamment les cours du célèbre Laennec, médecin moderniste, se destinait à la médecine. C’est « au pays » qu’il revient l’exercer, à Mane où, comme dans toutes les Basses Alpes d’alors, la vie est dure, et la misère omni présente. On comprend que le rôle du médecin y soit majeur. Son autobiographie laisse donc entrevoir, sans narcissisme, le portrait classique du médecin des pauvres, et du médecin de tous : en 1851, après son arrestation, sa première préoccupation sera celle du sort des malades qu’il est forcé d’abandonner [9]...
Mais l’autobiographie insiste surtout sur l’engagement municipal du médecin sous la Monarchie de Juillet : la confiance de ses concitoyens l’a porté au conseil municipal et le préfet en tient compte en le nommant maire [10]. Rouit a découvert la politique dans la grande ville. À Mane, c’est de sa mise en œuvre qu’il s’agit. À vrai dire, il n’est pas question de prosélytisme, même si, en tant que maire, il couvre des démonstrations républicaines. La mise en œuvre de son engagement démocratique se fait au quotidien, dans l’action concrète pour soulager le sort de ses concitoyens Et cette attention majeure à l’égard du peuple, du « pauvre peuple », est à cent lieues de la charité condescendante. C’est de solidarité active qu’il s’agit, tant devant les abus des nantis que de ceux du pouvoir et de son fisc. Quitte à en être sanctionné par le sous-préfet à la veille de la secousse de février. Cet engagement, qu’il poursuivra naturellement après sa réélection de 1848, lui vaudra, après sa révocation de 1849, un hommage significatif de la part de concitoyens qui ne partageaient pas tous, loin s’en faut, son engagement politique [11].

Profession de foi du Docteur Rouit :

Liberté, Égalité, Fraternité.
Le Docteur Rouit de Mane aux Citoyens Électeurs Bas-Alpins

Citoyens,

J’ai l’honneur de réclamer vos suffrages pour la représentation nationale. Mes amis ont triomphé de mon hésitation à grossir la colonne déjà compacte des candidats que vous avez vu défiler devant vous. C’est se confier bien tard, direz-vous, aux flots orageux de l’élection. Il y a place ici pour une autre opinion. C’est trop tôt, si le vaisseau qui porte mes espérances doit sombrer. C’est assez tôt, au contraire, si un vent favorable aidant, il lui est donné d’arriver à bon port. Au reste, quel que soit le sort que me réserve l’avenir, le désir d’être utile à mon pays servira de sauf-conduit à ma détermination.
Si ma candidature s’était bornée à l’horizon de mon clocher, je me serais contenté de livrer mon nom aux électeurs qu’il embrasse ; et m’en serais remis volontiers à leur décision : j’ai l’avantage de leur être connu. Mais puisque l’aspirant à la députation relève de l’autorité du corps électoral tout entier, souffrez que, fesant [sic] trêve avec mes habitudes, je vous entretienne un instant de moi, de mes modestes antécédents.
En 1815, jeune encore, je subis l’humiliation d’un soufflet pour avoir poussé ce cri, alors séditieux : « à bas les Bourbons ! ». Mon opinion radico-bonapartiste de l’époque, - plus tard, purement radicale, m’avait été inspirée par un de mes oncles qui, ayant servi comme volontaire sous les glorieux drapeaux de la République et de l’Empire, leur avait conservé ses brûlantes sympathies. Mon oncle fut martyr de la belle cause qu’il avait embrassée : et en mourant il me légua sa succession en vue de cette considération, dit-il, que j’étais en possession de ses opinions politiques. Livré à l’étude de la médecine dans les écoles de Montpellier et de Paris, je pris part à toutes les démonstrations qui avaient pour objet la liberté. A Paris notamment en 1826, je reçus une blessure dont la cause se rattache au souvenir du projet de loi sur le droit d’aînesse, projet violenté et flétri aux abords même du Luxembourg [12]. En 1828, j’assistai dans les rues St-Denis et St-Martin à ces émeutes naissantes qui étaient le prélude de l’insurrection colossale de 1830 [13]. En 1832, 33 et 34, j’ai entretenu des relations politiques avec l’honorable Garnier-Pagès, en ma qualité de membre de la société Aide-toi, le Ciel t’aidera [14].
Pendant mon administration municipale, - mes concitoyens s’en souviennent, - j’ai fait une application constante des principes démocratiques dans mes actes, laissant même se produire publiquement des manifestations républicaines d’une nature compromettante. Le peuple, le pauvre peuple dans mon humble localité, a été l’objet de ma sollicitude incessante. C’est pour lui que j’ai frappé impitoyablement les abus et les turpitudes de toute espèce qui affligeaient notre malheureuse commune. Pour lui, j’ai lutté corps à corps avec le pouvoir et avec tous ses agents dans les questions d’impôt et de fiscalité. Pour lui, pour lui seul, je me suis chargé d’office du rôle toujours pénible de censeur des actes qui l’attaquaient dans ses intérêts. Aussi, quand tout récemment un nuage politique a paru sur ma tête, le souffle du peuple en a fait bonne et prompte justice. On l’a vu, ce même peuple, dans la rue, sur la place publique, partout, se levant comme un seul homme, pour m’offrir le témoignage saisissant de ses sympathies.

Cette profession de foi se complète d’un programme politique significativement national : aucune allusion n’est faite à une spécificité bas-alpine. Un représentant du peuple participe de la volonté nationale, et non pas de celle d’un terroir. Sa mission est de participer à la mise en œuvre d’un programme national et non pas de défendre étroitement des intérêts locaux. Nous sommes ici aux antipodes de la politique claniste des deux groupes de notables départementaux.
Il s’agit bien ici d’un programme « radical » avant la lettre : Confiance dans le peuple souverain. Sans entraves ni privilèges, Liberté et Égalité seront au service du bien commun… Dans le droit fil de l’idéologie libérale des années 1830-1840, l’engagement de Rouit est résolument communaliste (« affranchissement des communes ») et décentralisateur, (y compris par l’élection pour les emplois administratifs et judiciaires, et par la réduction des dépenses de l’état central). Il annonce les prises de positons gambettistes de la fin de l’Empire libéral, tout comme les espérances communalistes de 1871. Il les annonce aussi par sa conception nouvelle de l’armée, qui doit se démocratiser et sera renforcée par les contingents du peuple en arme. Il les annonce enfin, sans en préciser les modalités ni écarter la religion, par l’exigence d’une instruction élémentaire gratuite et obligatoire, qui fera toute sa part à l’éducation physique. Rouit avait d’ailleurs œuvré localement pour la promotion de l’éducation populaire [15].
Mais quid de la question sociale ?
Rouit en demeure aux vœux pieux en ce qui concerne les relations patrons-ouvriers et l’organisation du travail.
La situation douloureuse de la paysannerie, problème majeur s’il en était dans les Basses Alpes d’alors, n’est abordée qu’indirectement, mais fermement, par l’exigence d’une fiscalité équitable à laquelle les nantis n’échapperont pas. On retrouve là encore en gestation le programme radical à venir. Mais pour l’heure, Rouit le politique n’a pas encore pris la mesure de la nécessité d’un programme concret d’amélioration du sort de la paysannerie. L’expérience des mois à venir lui en montrera clairement la nécessité. La lecture des futurs programmes électoraux, puis de la presse démocratique, en témoigneront.
On notera, dans le droit fil de la Constitution de 1793 et de sa douloureuse expérience de médecin et d’élu, l’insistance généreuse sur l’indispensable protection des faibles et de tous les démunis.

En voilà assez, trop peut-être, pour mon passé, voici le programme de mon avenir politique, s’il m’est donné de le développer au sein de l’Assemblée nationale.

1° Souveraineté du peuple exercée par le suffrage universel ;

2° Liberté pour tous les citoyens dans toutes les circonstances de la vie sociale ;

3° Égalité de droits, sans aucune exception ;

4° Instruction élémentaire, gratuite, obligatoire ; et tout à la fois morale, physique, religieuse et politique ;

5° Répartition équitable de l’impôt, atteignant toutes les fortunes ;

6° Respect aux droits de toute nature légitimement acquis, sauf indemnité en cas de dépossession ;

7° Organisation du travail, de manière à sauvegarder tous les intérêts ;

8° Abolition du cumul, des sinécures et diminution des traitements élevés ;

9° Tolérance légale pour le remplacement militaire ;

10° Diminution de l’effectif de l’armée par l’adjonction de la garde nationale aux forces militaires ;

11° Application du système électif aux grades militaires, par l’armée, sous les conditions de service légalement déterminées ;

12° Adoption du même principe par les citoyens composant la garde nationale, dans le choix de leurs officiers, sans autre condition que celle de leur inscription sur les contrôles ;

13° Admission du mode électif encore dans l’appel aux emplois administratifs et judiciaires avec des conditions de moralité et de savoir fixées par la loi ;

14° Abolition du privilège, sous quelque forme qu’il se présente ;

15° Maintien de l’institution du jury avec plus d’extension dans sa juridiction ;

16° Affranchissement des Communes ;

17° Sollicitude spéciale pour les femmes, les vieillards, les enfants, les aliénés et généralement pour tous les êtres faibles ;

18° Économie dans les dépenses de l’État et diminution de ses charges ;

19° Révision complète des systèmes administratifs et judiciaires ;

20° Ordre à l’intérieur et paix à l’extérieur ;

21° Étude et discussion de toutes les questions au point de vue de l’équité et de l’intérêt public.

Citoyens, je vous ai dit ce que je suis et ce que je veux : j’attends avec confiance l’expression de votre verdict.

Salut et Fraternité.

L.M.ROUIT,

Docteur en Médecine.

Mane, 19 Avril 1848.

Forcalquier, imp. de Masson.

 NOTES

[1] Jacques Depieds, « Mane en 1851 », Bulletin de l’Association 1851-2001, n°8, février-mars 2000.

En ligne : http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm

[2] http://mane-en-provence.com

[3] Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), l’élection des députés procède d’un suffrage censitaire très restrictif : le vote est l’apanage des plus fortunés. Par contre, l’élection des conseillers municipaux procède d’un suffrage censitaire très élargi. Dans une petite localité comme Mane, pratiquement tous les paysans et artisans propriétaires ont le droit de vote. Mais le maire est désigné par le préfet au sein du conseil municipal.

[4] Par le décret du 3 juillet 1848, le maire est désormais élu par le conseil municipal et en son sein, dans les communes de moins de 6000 habitants.

[5] Cf. Dominique Lecœur, Louis Langomazzino (1820-1885), Un missionnaire républicain de la Provence aux îles Marquises, Les Cahiers de Salagon 6, Alpes de Lumière et Association 1851, 2002.

[6] Cf. Jean-François Lefort, Les Mange-chien : Mane, Haute-Provence : portraits de jadis, images d'aujourd'hui, Mane, Éd. de l'Envol, 2000.

[7] Sur la situation politique des Basses Alpes en 1848, cf. l’ouvrage majeur de  Philippe Vigier, La Seconde République dans la région alpine, Paris, P.U.F, 1963. Cf. également la mise au point de Raymond Huard, « Suffrage universel et mobilisation politique en Provence et dans la région alpine de 1848 à 1851 », Provence 1851. Une insurrection pour la République, Actes des journées d’étude de 1997 à Château-Arnoux et de 1998 à Toulon, Association 1851-2001, Les Mées, 2000.

En ligne : http://www.1851.fr/themes/huard_actes.htm

[ 8] La société « Aide toi, le ciel t’aidera » fut créée pour diffuser la propagande libérale à l’occasion des élections de 1827 : elle rassemblait des monarchistes libéraux et des républicains bourgeois. Après l’élection, cette coexistence difficile ne durera pas et la seconde tendance l’emportera.

[9] Cf. la lettre donnée à la fin de cet article.

[10] Cf. note 3.

[11 ] Département des Basses-Alpes
Arrondissement de Forcalquier
Commune de Mane

Les membres de la commission administrative de l’Hospice de Mane
à Monsieur Rouit, Docteur en Médecine.

Monsieur,

Nous croirions méconnaître la voix de notre conscience, si nous ne nous empressions de vous adresser le juste tribut de regret que nous a inspiré l’application rigoureuse, contre vous, de l’article (?) du décret du 3 juillet 1848. Daignez donc en agréer le témoignage, et, disons-le, nous sommes, ici, les fidelles (sic) interprètes de la classe des indigents dont vous avez défendu les intérêts avec tant de courage et de dévouement quand une main impie a osé y porter atteinte, et que votre sollicitude a continué de protéger pendant tout le cours de votre sage ministère. La voix du peuple retourne à dieu dont elle émane.
Jouissez en paix de cette belle récompense qui est réservée aux actes de l’homme vertueux.

Les membres de la commission administrative
Mane, le 4 octobre 1849

(Archives personnelles – Jean Rambaud).

[12] En avril 1826, le gouvernement de Villèle avait tenté de rétablir partiellement le droit d’aînesse. Il devra reculer devant de violentes protestations.

[13] À partir de novembre 27, ces populaires quartiers du centre de Paris connaîtront des manifestations républicaines à l’occasion desquelles apparurent les premières barricades. En juillet 1830, l’aile radicale de la société « Aide toi, le ciel t’aidera » participe activement aux Trois Glorieuses qui mirent à bas la monarchie des Bourbons.

[14] Aux débuts de la Monarchie de Juillet, l’activisme républicain de la société « Aide toi, le ciel t’aidera »  se poursuit jusqu’en 1834, sous la direction du jeune Étienne Garnier-Pagès, (1801-1841).

[15] Cf. les rapports de Rouit avec l’insituteur démocrate Noé Pascal : Paul Varcin, « La loi Falloux - le recteur Fortoul et l’instituteur Noé Pascal », Bulletin de l’Association 1851-2001, n°18, octobre 2001.

En ligne : http://www.1851.fr/auteurs/sommaire.htm

DOCUMENT  :

Une lettre adressée par Rouit à sa sœur, après son arrestation.
La mention finale fait mesurer la façon dont il convient de lire cette missive rassurante, dans laquelle Rouit s’en remet à sa proche famille pour les préoccupations du quotidien d’un propriétaire campagnard, et à son confrère pour assurer la suite indispensable des soins aux malades.

A madame Reynier Philippine, Forcalquier

Conciergerie d’Apt, 17 Xbre 1851

 Ma chère Christine,

Nous sommes arrivés hier au fort toutes heures[appellation provençale = à tous les vents ?] à Apt. On a ici, comme à Forcalquier, toutes sortes d’égards et fait me procurer tous les adoucissements possibles. Aussi je conserve ma bonne humeur ordinaire. La pensée intime que j’ai de mon innocence me rassure complètement pour l’avenir. Tu le vois donc, c’est à tort que tu t’inquiétais sur mon compte : tu ne le feras pas. Dis à Louise ainsi qu’à tous mes parents et amis, de n’avoir aucun souci par rapport à moi. Je serais très fâché de leur donner un mauvais (moment). Si j’ai à comparaître devant des juges, je le ferai avec calme et avec cette confiance qui est toujours la preuve de la fausseté de l’inculpation : je voudrais que les débuts de cette affaire eussent lieu aujourd’hui même.
Si nous allons à Avignon, ce qui paraît fort douteux, je prendrai une voiture pour me transporter : j’espère qu’on ne me le refusera pas. Il paraît qu’on va établir plusieurs catégories de prévenus. Les uns seront jugés par les conseils de guerre, les autres par les assises, d’autres enfin par les tribunaux correctionnels. Il n’y a cependant encore rien de décidé.
J’ai écrit à Arnaud, le médecin, pour le prier de se rendre à Mane deux ou trois fois la semaine à l’effet des () de mon travail. Louise aura à informer le public de la détermination que j’ai prise à cet égard , de lui donner l’assurance que Mr.Arnaud soignant mes malades en mon nom, c’est tout comme si je les soignais moi-même. Bien entendu qu’il sera lui faire savoir que la faveur dont je parle n’aura lieu que pour les malades qui s’adressent à Louise qui sera chargée de les désigner à Mr.Arnaud. La nuit, comme le jour, Louise fera (avertir) immédiatement les médecins, sans attendre qu’eux-mêmes prennent ce soin.
J’ai dit à ton mari d’empiler, sans retard, mes soliveaux, tant ceux qui sont dans mon nouveau bâtiment que ceux qui sont au dehors. Il les réunira tous, excepté ceux qui sont dans la (sécurité) ; qu’il () des pierres un peu fortes, et cela dans le but d’empêcher qu’on n’en prenne.
Rappelle encore à ton mari qu’il charge Bonnet de faire placer une porte à l’écurie. Martin aura à la (finir ? fixer ?). Que Louise ferme bien toutes les portes de la maison, surtout celles de ma chambre et de mon cabinet dont elle devra toujours enlever les clés.
Adieu. Ton tout dévoué (frère)

N’oublie pas ce que je t’ai dit en partant. Toutes nos lettres sont lues, soit qu’elles partent d’ici ou qu’elles y arrivent.

(Archives personnelles – Jean Rambaud) .