J’évoquais dans de récents billets la force du sentiment national français, dans un pays où l’histoire a rassemblé des populations au départ fort différentes. Ces populations dont les délégués affirmèrent la nouvelle appartenance à la Nation révolutionnaire, lors de la Fête de la Fédération de 1790.

Je faisais également allusion à l’existence de régionalismes, éventuellement porteurs de revendications politiques, voire, fort rarement, autonomistes.

J’apporterai bientôt quelques précisions, tout en sachant qu’en ce domaine, il convient de marcher sur des œufs, et, si j’ose dire, qu’il ne convient pas de mettre tous les œufs dans le même panier.

Car s’il existe des sentiments régionaux qui n’ont pas d’autre fondement que la conscience, plus ou moins vague, d’une appartenance, - (existe-t-il un sentiment régional dans la Région Centre ?), et quelques-uns qui se sont affirmés récemment autour de métropoles régionales en plein essor - il en existe d’autres qui ont été coulés dans le moule de l’Histoire : sans évoquer les indépendances médiévales aquitaine, bretonne, provençale ou toulousaine, l’annexion des Comtés espagnols d’Artois et du Roussillon en 1659, l’achat à Gênes puis la conquête de la Corse à partir de 1768, rappelons que la Savoie et le Comté de Nice ne sont français que depuis 1860, ce qui, au regard du long terme de l’Histoire, est vraiment tout récent.

Mais il existe aussi des sentiments régionaux qui ont été confrontés à la terrible violence de l’Histoire : ainsi de Menton « italianisé » par le Duce, ainsi de l’Alsace et de la Moselle annexées, qui ont connu l’arrachement de 1871, l’appartenance au Reich jusqu’en 1918, - et donc la guerre faite du côté allemand, et la révolution aussi, avec le soviet de Strasbourg avant l’armistice – qui ont connu ensuite vingt années de Troisième République, y compris la « drôle de guerre » faite du côté français, puis l’annexion hitlérienne, le drame des « malgré nous », et enfin la francisation accélérée par la Quatrième République, dans le cadre d’une Europe mise en œuvre par le Mosellan (et Luxembourgeois) Robert Schuman, qui connut les deux nationalités, allemande puis française.

Bref, si l’on veut considérer les régionalismes de France, il convient sans doute de les traiter au cas par cas, et d’éviter de les classer a priori dans la même grille d’analyse.

J’y reviendrai bientôt.