article publié le 13 juillet 2012 sur mon ancien blog

 

Demain 14 juillet...

De ma fenêtre, je vois, de l’autre côté de la rade, La Seyne où j’ai vécu et travaillé si longtemps. Je vois le grand phallus métallique, pont-levis des anciens chantiers navals, planté à l’extrémité de ce qui fut une entreprise de 7000 salariés. Aujourd’hui pelouse. « Il n’y a plus que de l’herbe » s’exclama un ancien qui n’avait par revu le site depuis sa fermeture et sa destruction… Table rase. le capitalisme a créé les Chantiers, quand la rive n'était que roseaux, sous Badinguet. Le capitalisme les a détruits. La vie continue, et le capitalisme aussi.

Mais ce 14 juillet 1995, il n’y avait pas que l’herbe… Il y avait peut-être trente mille personnes rassemblées devant une estrade géante. Le Front national venait de remporter l’élection municipale de Toulon, la ville d’en face, et ces trente mille personnes étaient rassemblées pour signifier leur attachement à la République et à ses valeurs… Je connais assez la région pour avoir pu reconnaître dans cette foule des gens de tous âges et d’opinions bien diverses, tous responsables ce soir là d’une République que d’aucuns voulaient démocratique, d’autres démocratique et sociale, mais que tous voulaient République, Res publica, le bien commun…

Et j’en ai vu partir beaucoup, sur la pointe des pieds, au fur et à mesure que se déroulait cette soirée qui se voulait mémorable, et que la presse des bons sentiments salua comme mémorable… Ils n'attendaient certes pas une grande messe discoureuse, mais quelque chose comme une fusion mobilisatrice, un élan, qui aurait scellé leur communion et leur volonté de ne pas accepter. Quelques mots simples aussi qui auraient rendu sa dignité à une région meurtrie et pointée du doigt par la France "de gauche". Mais personne n'y pensa. pas plus que personne ne pensa à évoquer ceux qui travaillaient quelques années auparavant sur ce site, à leurs apports, à leurs luttes… L’heure n'était qu'à la musique et aux chansons. Les citoyens sont trop couillons pour qu'on ne les appâte pas avec du "son" et des "people", d'autant que ces "people" étaient venus bénévolement témoigner et s'engager... Que demander de plus ?

Après un bonjour lancé en français, en hébreu et en arabe u nom de SOS racisme par Fodé Sylla (pardonnons-lui de ne pas parler provençal), SOS racisme nous a servi en « concert des libertés » un panel interminable d'artistes « antifascistes », Patrick Bruel, Michel Boujenah, Toure Kunda, Manu Di bango, et j’en passe... Avec en prime N.T.M qui, en déphasage total avec ces milliers de citoyens, demanda à la foule de l’accompagner dans ses lourdes insultes à la police (insultes qui lui valurent les suites judiciaires que l'on sait)… Beaucoup d'entre nous s'en allèrent à cet instant, accablés. j'ai failli faire comme eux et j'aurais bien fait. Car enfin, surgi comme un diable de sa boîte, l’incontournable, vous l'avez deviné, B.H.L en personne s’empara de la scène, en brassette avec le maire (communiste) de la Seyne, (frais remplaçant d'un édile de droite), et un troisième larron, je ne me souviens pas : était-ce Gérard Paquet, le directeur de Chateauvallon menacé par la nouvelle mairie FN de Toulon, ou Fode Sylla... ? Ou peut-être était-ce Djack ? (En tout cas, ça n’a pas porté chance au maire communiste, qui fut battu à l’élection suivante…)

"L'antifascisme" people venait de faire la preuve de sa virtuosité à surfer sur l'événement et à transformer les citoyens en groupies... J'ai perdu sur lui ce soir là le peu d'illusions qui me restaient. 

Mais pourquoi évoquer cela si longtemps après, sinon parce que nous en sommes toujours au même point, parce que les idées du F.N sont toujours aussi présentes et aussi prégnantes dans leur osmose avec une droite "populaire" régionale, parce que l'épisode nordiste Front rouge contre Front brun n'a pas été concluant, et que, sans jouer les Cassandre, on ne peut que se demander ce qui adviendra si le nouveau président déçoit les attentes qui l'ont fait élire...