22 mai 2012

Je reviens sur  le thème ressassé à droite et à l'extrême droite, de l'Identité française menacée ? "On n'est plus chez nous ?" Etc... "Je vous aime, vous êtes la France éternelle", disait à ses groupies et à ses électeurs l'ex-président dans son discours d'adieu à la Mutualité, ce qui exclut de l'identité et de l'éternité françaises pas mal de monde, dont moi...

Je ne crois pas à l'identité maintenue à travers les siècles par je ne sais quelles puretés chromosomiques et linguistiques, je ne crois pas à la France éternelle, que nous auraient léguée "nos" ancêtres, et que seule une partie des habitants actuels de la France seraient en mesure et en droit d'endosser et de défendre...

La France existe effectivement depuis des siècles, et n'a cessé de se transformer, territorialement, socialement, culturellement, politiquement. Depuis l'an Mil, bien des Français sont "morts pour elle", dans des guerres justes et des guerres injustes, des guerres défensives et des guerres de conquête... La France est une réalité constituée étatiquement, cristallisée et avalisée dans les métamorphoses successives de la sujétion aux souverains, puis de la citoyenneté. Nul doute qu'elle ne continue à évoluer, mais comment ? Les nouvelles donnes rendent la question passionnante.

On peut fonder sa "francitude" actuelle d'une référence au passé, voire d'une seule référence majeure dans ce passé, en occultant les autres ; mais privilégier la tradition chrétienne ou la tradition révolutionnaire n'empêche pas l'une et l'autre d'exister. La France du présent s'appuie sur celles d'hier et d'antan...

À l'inverse, on peut parfaitement vivre en France au présent, sans connaître ou sans vouloir tenir compte des données anciennes. La France, terre nourricière. Si elle me permet de vivre, je la reconnais... Et il en serait de même pour toute nation. C'est ce que pensent bien des migrants : étrangers venant en France, Français partant vivre à l'étranger..

On peut même, à la limite, n'y vivre pour soi, et rien que pour soi, sans tenir compte de la communauté nationale et du bien commun : "commun" qui, étymologiquement, est à la racine du mot "communauté". "La France ? Pour moi, c'est comme un parking..." aurait dit un footballeur de renommée internationale, fils d'une de ces cités si médiatisées... Mais n'est-ce pas également le fait, en tant que couche sociale, des "élites dirigeantes" qui manifestent leur indifférence, pour ne pas dire plus, à l'égard de la culture et de la langues nationales, en se jetant à corps perdu dans la Langue de l'Empire. On lira à ce propos avec le plus grand intérêt les quelques pages consacrées à l'avenir du français par le linguiste Claude Hagège, dans son Dictionnaire amoureux des langues, Plon, 2009 (cf. "Langues en danger", pp.166-168).