laicite

Jean Effel

Et bien, la messe est dite (façon de parler puisqu’il s’agit ici de laïcité et d’École !).

Applaudis en cela par la caste hypocrite des politiciens professionnels, le Président, le Premier Ministre, Mme la Ministre de l’Éducation nationale nous annoncent une série de mesures visant à rétablir dans toute sa légitimité républicaine l’École de la Nation, agressée, voire bafouée, dans certains quartiers où l’exclusion sociale et le communautarisme depuis longtemps exercent leurs ravages (ce qui, il faut le souligner, n’éteint pas chez nombre d’élèves le désir de se réaliser par l’instruction)…

Si l’intention de ces mesures est d'un certain point de vue louable, on peut grandement douter de leur efficacité.

D’une part, et tout enseignant le sait, ce qui se joue, et se joue mal dans ces classes en difficulté ne se règlera pas (seulement) par l’imposition formelle de quelques symboles. Et les piqûres quotidiennes de l’indifférence et de l’incivilité dévastatrice ne disparaîtront pas magiquement par une admonestation, fût-elle celle du proviseur.

D’autre part, la dénonciation (enfin admise) de ce qui ne va pas dans l’école publique aura pour premier effet, chez des parents effarés, de faire passer leurs enfants dans l’enseignement privé, qui ne s’est pourtant jamais distingué par sa prédilection pour les symboles républicains.

Cette désertion est ancienne, mais, chacun a pu et peut le constater autour de soi, elle prend aujourd’hui un aspect fort différent. N’y voyons plus recherche d’un enseignement religieux et repliement communautaire, comme ce fut le cas pour les écoles catholiques depuis un siècle dans les couches traditionnalistes ou/et BCBG de la population, ou comme c’est le cas désormais pour les écoles confessionnelles juives et musulmanes. La demande des nouveaux parents de l’enseignement privé n’est pas religieuse, elle est « sécuritaire », tant au plan des fréquentations scolaires qu’au plan des résultats (résultats d’autant plus assurés que ces établissement peuvent se payer le luxe de refuser d’admettre les élèves peu performants).

Nous connaissons tous des « petites gens » qui se saignent pour que leurs enfants étudient dans une école « où il n’y a pas d’Arabes »… Nous constatons que la classe moyenne des artisans, des commerçants, pour ne pas parler des professions libérales, fait plus que jamais sien cet enseignement privé. Et nous pouvons même constater que, dans des cités à forte population musulmane comme Marseille, des établissements privés ne dédaignent pas d’accueillir les enfants de la nouvelle middle-class d’origine maghrébine…

Nul doute que, si elles sont appliquées, les mesures annoncées de rétablissement autoritaire de la « mixité sociale » en milieu scolaire ne fassent encore plus fuir ces parents désireux d’offrir à leurs enfants ce qu’ils estiment être les meilleures conditions de travail…

D’ailleurs, nos « Élites » républicaines sont loin de donner l’exemple : quand leurs enfants ne colonisent pas (carte scolaire aidant) les quelques « meilleurs » lycées publics de la capitale, ils se retrouvent plus dans des établissements privés réputés que dans le « tout-venant » de l’enseignement public.

Bref, il y a tout lieu de craindre que les coups de menton appuyés de ces derniers jours ne soient que poudre aux yeux annonciatrice de nouveaux désastres, dans une société qui a depuis longtemps sacrifié les vertus de l'Éducation populaire, formatrice et désaliénante.