Le billet qui a eu le plus de consultations, plus de quinze mille, sur mon défunt site d'avant 2012, et qui a entraîné nombre de contacts, est le suivant :

« Je reçois régulièrement des messages (dont certains venant de loin, Brésil par exemple), me demandant le sens de l’expression « Gentil n’a qu’un œil », qui a donné le titre de mon roman historique "Gentil n'a qu'un œil".
Je reprends donc ici ce que j’ai indiqué à ces nombreux correspondants, en espérant que cela pourra éclairer les interrogations à venir.
J’ai entendu cette expression dans mon enfance à La Seyne (Var), dans la bouche de mes grands parents et de personnes de leur couche d’âge. Était-ce une expression méridionale ?
Je ne l’entends plus aujourd’hui, elle ne semble plus être vivante.
De cette expression à l’origine obscure émane un parfum d’étrangeté, de mystère, qui m’a séduit et m’a paru bien correspondre au climat que je voulais rendre dans mon roman.
Car son sens ne saurait être univoque.
L’acception la plus commune semble être une acception de méfiance : ne croyez pas sur parole ce que l’on vous dit, soit que la personne qui vous parle, et qui semble gentille, veut vous tromper, soit qu’elle est naïve et peu fiable. Gentil n’a qu’un œil, moi j’en ai deux, je suis prudent, méfiant, et donc lucide.
C’est en tout cas l’acception que j’ai voulu retenir. »

La très grande majorité des messages reçus m’ont confirmé cette acception, mais m’ont aussi montré que l’expression a été, ou demeure vivante, dans bien des régions de France, et qu’elle n’a donc rien de spécifiquement méridional.
Voici par exemple ce que m’écrivait en 2008 Monsieur Blas à propos de cette expression :

« Je l’ai entendue de mon Grand Père (1903-1976) qui était piémontais d’origine (émigré en 1917). Il avait été en Espagne (1936…), puis à Perpignan et ensuite à Lyon puis à Vitry sur Seine : je ne sais pas si cette expression lui venait d’Italie ou de ses périples. Il l’employait dans le sens que je surligne dans votre phrase : « soit que la personne dont on parle, qui semble gentille, veut vous tromper sciemment ». Je préciserai qu’il voulait dire que quelqu’un qui est « trop gentil » a forcément quelque chose à cacher, à se faire pardonner (vision peut-être un peu parano, mais dans le sens de la mise en garde dont vous parlez ».

Je signale aussi un témoignage très intéressant que m'a communiqué Monsieur Mignon, qui est d'origine lorraine, et qui a souvent entendu l'expression dans son enfance : elle serait à mettre en rapport avec le fait que l'on occultait, ou aveuglait définitivement, un œil de l'animal qui devait tourner sur l'aire, afin de ne pas le distraire de sa zone de travail.