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Goya, "Le sommeil de la raison engendre des monstres"

Juin 1919. Le traité de Versailles imposé à l’Allemagne par les Alliés vainqueurs [1], en suscitant par sa brutalité et son injustice humiliation et rage dans le peuple allemand, fut certainement, (une fois l’espérance révolutionnaire « rouge » de 1918-1923 écrasée par les soins conjugués de la social-démocratie et de la droite monarchiste), un des traumas dont naîtra le nazisme.
Si les causes du nazisme puisaient à l’évidence dans cette injustice, fallait-il pour autant alors absoudre Hitler de sa terrible responsabilité historique ? Le vieux problème, quel qu’en soit le terreau, de la liberté de l’Homme et de ses choix d’engagement, bref de sa responsabilité (voir notre bon vieux Sartre, et son « L’existentialisme est un humanisme »). Tous les Allemands ne sont pas devenus nazis !
Et, tout en dénonçant la cécité criminelle des Alliés, et de la France en particulier [2], fallait-il s’abstenir de combattre le nazisme naissant ? Beaucoup de Bons Esprits, généreusement pacifistes après le trauma de 1914-1918, ne l’ont pas vraiment compris à la veille de 1933… « Il a ses raisons, après tout… », disaient-ils, "et nous l'avons bien cherché". Sans parler de ceux qui dirent : "Plutôt Hitler que le Front Populaire"
On connaît la suite.

Mais, me direz-vous, quel lien avec aujourd’hui ?
Eh bien, je lis souvent, sous la plume d’autres bons esprits, qu’à la racine de l’islamisme dit radical, (c’est-à-dire la doctrine politique totalitaire qui veut soumettre le monde musulman à sa conception de l’Islam) il y a notamment l’humiliation et la rage engendrées par la criminelle agression des USA (renforcés par quelques satellites) contre l’Irak : d’où cet désir incoercible de vengeance qui embrase quelques-uns dans le monde arabo-musulman, embrasement dont on connaît les retombées sur le nôtre…
Oui, mais je dis bien quelques-uns, qui dans ce contexte, ont fait leur choix en responsabilité. Ce n’a pas été le cas de tous ceux qui étaient et qui sont dans le même contexte !
Loin de moi l’idée de blanchir les Etats-Unis de leur irresponsabilité criminelle. Pour autant, mettre le doigt dans le piège de la seule explication déterministe, (aussi fondée qu’elle puisse être), la considérer comme valable pour tous, risque de faire passer tout le bras dans la légitimation de l’idéologie intégriste et, pourquoi pas, des actes meurtriers de ceux qui s’en réclament. « Ils ont leurs raisons, après tout… et nous l'avons bien cherché » me disent d’aucuns. Et d’autres, les mêmes souvent, ajoutent : « Et puis, désigner ainsi un ennemi, n'est-ce pas faire le jeu de ceux qui misent sur un hypothétique choc des civilisations, et sur une guerre civile larvée dans notre société française... Désigner un ennemi, intérieur ou extérieur, c’est ouvrir la porte toute grande à un Patriot act». Les bras m’en tomberaient presque. Nos anciens ont quand même su désigner ce qui était l’ennemi en leur temps : le fascisme ! Justement pour sauvegarder la paix civile avant que le feu n’embrase la maison commune… Il n'était pas plus question pour ces démocrates de germanophobie qu'il ne saurait être question aujourd'hui d'islamophobie. Il s'agit bel et bien de politique.

[1] Rappelons que les Etats-Unis refusèrent de signer le traité…

[2] Faut-il rappeler aussi que bien peu nombreux furent alors en France ceux qui condamnèrent le traité ! Le jeune Parti communiste français, traité d’ « ami des Boches », était bien isolé dans sa dénonciation du Diktat franco-britannique, et ses militants le payèrent souvent de leur liberté…