Une fois de plus, le grand vainqueur du premier tour des législatives partielles du Doubs est… l’abstention (moins de 40% de votants). Les dirigeants socialistes semblent ne pas en tirer la leçon, pourtant évidente : les électeurs de la circonscription qui avaient élu Mr Moscovici, et qui l’ont vu partir tout fringant à Bruxelles défendre la politique d’austérité, n’ont sans doute pas eu vraiment envie, quelles que puissent être les qualités de son éventuel remplaçant, de cautionner une politique de régression sociale qu’avec les meilleures raisons du monde défendent les deux grands partis dits de gouvernement. Bref, nos électeurs ne croient plus guère à la politique, même si par un sursaut de fierté « de gauche » 23 % (des 40% de votants !) ont voté socialiste. La droite est renvoyée dans les cordes. Et, tout en se réclamant de Syriza et de Podemos, le Front de Gauche demeure à 4% (des 40% !).

Du coup, le FN est en tête. Grand branle-bas dans Landerneau. Le candidat socialiste, clame Manuel Valls, « est désormais le candidat de tous les républicains ». Et Stéphane le Foll d’ajouter que le candidat socialiste « représente désormais le candidat de tous les républicains face au Front national ».

On connaît la chanson, que l’on nous serine depuis quarante ans, et qui permet de faire élire à coup sûr à un second tour (jusqu’à aujourd’hui en tout cas) un candidat PS ou UMP gravement mise en difficulté au premier tour. De le faire élire par défaut, car dans ces cas là, on ne vote pas pour un candidat, pour un programme, mais on vote contre le FN. Avec, pour tout remerciement une fois l’élection remportée, la poursuite de la même politique qui a amené tant d’électeurs à voter FN.

Comparaison n’est pas raison, mais tout cela me fait penser au système profondément anti-démocratique des apparentements que la troïka (socialistes SFIO – démocrates chrétiens du MRP – radicaux, plus quelques éléments bien de droite) avait mis en place pour empêcher le PCF (25 % des suffrages alors) et le RPF gaulliste d’obtenir une juste représentation.

Pousser des cris d’orfraie chaque fois qu’un candidat FN arrive en tête est absolument sans effet sur la progression évidente de ce parti. Qui plus est, l’appel socialiste à l’union électorale circonstancielle PS – UMP sous-estime gravement la liberté de choix des électeurs. Et il y a fort à parier que bien des électeurs de droite, dans le secret de l’isoloir, se trouveraient bien en peine de voter PS. C’est d’ailleurs là, me semble-t-il, que git le vrai danger pour des élections nationales : la porosité qui existe au plan idéologique entre nombre d’électeurs de droite et électeurs du FN peut fort bien faire tomber la muraille de Chine défensive du Front républicain (dont d’ailleurs l’UMP ne veut pas vraiment), et faire basculer la majorité de l’opinion vers la coalition d’une partie de la droite vers l’extrême droite. Un scénario qui rappellerait celui que connurent nos voisins en 1932.