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Victimes varoises de la répression de décembre 1851 pensionnées par la République en exécution des lois de réparation des 30 juillet 1881 et du 7 août 1882.

Classement par communes :
A – B – C
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/26/31606102.html
D – E – F – G – H – L
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/26/31607574.html
M – N – O – P – R
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/27/31609377.html
S – T – V – non localisés
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/27/31611468.html
Arrondissement de Grasse :
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/27/31611626.html

La République a mis du temps pour honorer les victimes du coup d’État de 1851 : la République conservatrice (1871-1879) les a ignorées, et il faudra attendre la victoire des vrais républicains pour que se mette en place l’entreprise nationale de réhabilitation et d’hommage.
Ainsi, en décembre 1880, comme dans tous les départements, le préfet du Var demande à chaque maire de lui présenter la situation actuelle des personnes ayant eu à souffrir des suites du coup d’État. A priori la mesure ne doit pas concerner toutes les victimes : « Pour que vous soyez bien fixé sur le sens de ma circulaire, je crois devoir vous rappeler que, dans cette circonstance, l’intention de l’Administration Supérieure est de venir en aide à celles des victimes politiques qui sont dans le besoin, en leur accordant des secours, et non de les indemniser des dommages qu’elles ont subis. Il s’agit donc seulement de secourir ceux qui, par l’absence d’une fortune personnelle, par l’insuffisance de leur industrie ou de celle de leurs enfants, n’auraient pas les moyens de pourvoir aux premières nécessités de la vie » (28 décembre 1880).
Mais en fait le recensement touchera la totalité des victimes qui voudront se manifester, et, dans le Var comme ailleurs, la pension accordée par la République fonctionnera comme un brevet de reconnaissance de l’engagement républicain contre le coup d’État.
Pour autant, aussi impressionnante qu’elle soit, la liste des pensionnés est loin de comptabiliser la totalité des victimes du coup d’État, et, partant, l’ampleur de la résistance de 1851 telle que nous les présentent les dossiers des Archives départementales du Var (série M, cotes 19 à 36). Bien des participants au mouvement de résistance ont pu échapper à la dénonciation et à la répression, et donc ne figurent pas dans les dossiers de justice. Et parmi ceux qui eurent affaire à la répression, nombreux sont ceux qui, pour des raisons diverses, n’ont pas reçu de pension. C’est naturellement le cas de ceux qui ne l’ont pas sollicitée, le cas des demandes trop tardives, le cas des victimes décédées sans parents pouvant se réclamer de leur action. En cas de décès de la victime, seuls les ascendants, s’ils vivent encore, et les descendants directs (fils et filles) ont eu droit à la pension. Les dossiers déposés par des frères et des sœurs ont donc été rejetés. À quoi il faut ajouter le refus opposé aux quelques-uns qui étaient devenus soutiens actifs de l’Empire. 
La liste des pensionnés ne porte aucune indication concernant le préjudice subi et les éventuelles condamnations. Il faut donc se reporter aux archives de la répression, et, en ce qui concerne les déportations en Algérie, au remarquable et indispensable ouvrage de : Maurice BEL, Les condamnés à l’Algérie en 1852 dans le département du Var, chez l’auteur (Le Mont Rose, 11 avenue de Picardie, 06000 Nice).
La liste ne précise pas quelles victimes sont mortes au combat, exécutées ensuite, ou mortes en détention. Sur les insurgés tués à la bataille d’Aups, une lecture indispensable : Frédéric Négrel, « Morts pour la République », Bulletin de l’Association 1851, n°24, juillet 2003, en ligne : http://www.1851.fr
Sans que ce barème soit officiellement précise, un consensus s’est établi sur la hiérarchie des pensions :  1200 F pour les déportés au bagne à Cayenne ou au bagne en Algérie, et pour les parents des insurgés morts au combat ou exécutés, 1000 F pour les « transportations » de plus d’un an en Algérie, 800 F pour les « transportations » de moins d’un an en Algérie, ou pour les contumaces et bannis, 600 F pour l’internement en France, 400 F pour les emprisonnements de plusieurs mois en France, suivis de surveillance,  200 F pour les emprisonnements inférieurs à un mois, 100 F enfin pour les personnes interpellées, mais aussi 100 F pour des personnes relevant des sommes précédentes mais dont la conduite politique n’a pas été correcte sous l’Empire : on comprend la difficulté de faire le tri entre ces deux dernières catégories sur la liste des pensions, qui ne précise pas la motivation de l’attribution.
Le 20 septembre 1882, le Président de la République signe le décret autorisant l’inscription au Trésor public des rentes ou pensions viagères ainsi allouées par les lois du 30 juillet 1881 et du 7 août 1882.
Dans la foulée, le Bulletin des Lois de la République française publie les listes de pensionnés (pages 882-994 pour le Var). On la consultera aussi aux Archives nationales : sous-série F15 (cotes F15 3964 à 4223 classées sous le titre : Indemnités aux victimes du coup d'état du 2 décembre 1851 et de la loi de sûreté générale du 27 février 1858), et, plus aisément pour qui réside dans le Var, dansl’ouvrage de Denise DEVOS, La Troisième République et la mémoire du coup d’état de Louis Napoléon Bonaparte, Paris, Archives Nationales, 1992, consultable aux Archives départementales du Var, cote : INV 218.
Pour chaque pensionné, le Bulletin donne successivement le numéro d’ordre de la pension, les nom et prénoms du créditrentier (sic) et pensionnaire, son âge, sa profession, sa résidence, la quotité de la pension allouée, et éventuellement des observations (« enfants de.. », « fils de… », « père de... », etc).
Ce qui donne par exemple pour le premier pensionné cité :
1 - ARDISSON (Jean-Baptiste) - 72 – Cultivateur – Le Muy (Var) – 1.000
Le 19 octobre 1882, le grand journal républicain départemental Le Petit Var commence la publication de cette liste, de façon évidemment plus elliptique, compte tenu de l’ampleur du document. Ainsi le premier pensionné est ainsi présenté :
« Ardisson, cultivateur, Le Muy, 1.000 fr. ».
Dans les deux cas, l’adresse proposée est celle du pensionné en 1882 et non celle de 1851.
La liste suit l’ordre des numéros de pensions (du n°1 au n°3405), et n’obéit à aucune autre considération de classement (alphabétique global, classement par localités, etc.)
Cette liste a donc été bien difficile à consulter pour les lecteurs de 1882. Comme le souligne Le Petit Var (19-10-1882) : « Il est regrettable aussi que le ministère n’ait apporté aucun ordre apparent dans la classification des pensionnés ; les recherches auraient été ainsi considérablement facilitées ».
J’ai donc choisi de présenter sur ce blog une restitution obéissant à une autre double logique : les pensionnés sont classés par localités, et, dans un certain nombre de cas (par recoupements à partir des dossiers de la répression et des demandes de grâce), je les fais figurer dans la localité où ils vivaient en 1851 (leur adresse de 1882 étant bien entendu toujours précisée).
Les nombreuses différences de graphie des patronymes, l’ordre et parfois la nature des prénoms, les homonymies, etc, entre les dossiers de 1852 et de 1882, ainsi que les erreurs des greffiers et les coquilles du Bulletin, font que, mes erreurs éventuelles aidant, ce travail n’a absolument pas la prétention d’être parfait. Toutes les remarques, corrections, additions, etc, seront les bienvenues. Pour la mise au point définitive de ces données, nous ne pouvons que souhaiter la multiplication des études locales, dont le remarquable travail de Frédéric Négrel a été l’intitiateur : Frédéric Négrel,Clandestinité et réseau républicain dans le Haut-Var. La société secrète montagnarde d’Artignosc (1849-1851), Association pour la commémoration du 150° anniversaire de la résistance au coup d’État du 2 décembre 1851, 2001).
Nous présentons dans l’ordre suivant les informations concernant chaque pensionné : nom, prénoms, âge tel que le donne le
Bulletin, profession, localité de résidence, taux de la pension, numéro de page du Bulletin, numéro de la pension.
Certes, la liste des pensionnés donnera des indications précieuses sur la réalité variable de la résistance de 1851 : de l’abondance de noms dans certaines communes à l’absence totale de noms pour d’autres (BARGÈME, LA BASTIDE ESCLAPON, LE BEAUSSET, LE BOURGUET, BRENON, CHÂTEAUVIEUX, ÉVENOS,). Mais elle ne peut naturellement suffire à faire saisir la complexité de l’événement.  Le site de l’Association 1851, [http://www.1851.fr] ainsi que mon site, présentent une abondante documentation sur l’insurrection varoise, et notamment des études par localités. On en trouvera mention pour ces dernières au début de chaque localité.
Afin de comparer le nombre de pensionnés et la population de la localité, on trouvera également mention du chiffre approximatif de la population en 1851 (proposé à partir des indications postales de 1846 et de l’enquête officielle de novembre 1847).
Le nom du département apparaît après celui des localités non varoises. Pour dresser une liste des personnes vivant en Algérie, cliquer sur Algérie, et pour celles vivant à l’étranger, cliquer sur le nom du pays (Argentine, États Unis, etc…)

On trouvera donc sur ce blog, progressivement mise en ligne, autrement ordonnée et quelque peu précisée, la liste des pensionnés varois de 1882.

Sa publication ne s’est pas faite dans un climat serein dans le camp républicain. Les contestations ont été nombreuses, venant de la part de personnes s’estimant oubliées ou lésées, et de contestations sur l’engagement réel de tel ou tel pensionné. Qui plus est, la belle unanimité du bloc républicain, qui avait fait du département du Var un môle de résistance à la république conservatrice, est dorénavant bien fissuré. « Opportunistes » et « Intransigeants », s’affrontent, et les victimes de 1851 participent souvent de cet affrontement, au détriment de leur unanimité d’antan.
Ajoutons à cela l’utilisation déstabilisatrice du recours aux archives qu’a entraîné la constitution des dossiers de pension. En 1852, l’administration avait distribué aux familles effectuant une demande de grâce une lettre type dans laquelle le condamné « renonce à ses engagements du passé et promet pour l’avenir, obéissance, soumission et fidélité à l’Empereur ». On imagine l’utilisation que l’opposition conservatrice a pu faire de certains de ces documents pour ridiculiser nombre de militants et d’élus républicains.
Mais au delà de ces querelles et de ces mesquineries, il reste que quelque 3500 Varoises et Varois ont reçu la précieuse « Pension de la République », que l’on continuera longtemps à présenter avec fierté dans les foyers républicains du « Var rouge ».