de Mun

Au lendemain du vote de la loi de séparation des Églises et de l’État, on peut lire cet éditorial dans le grand quotidien catholique La Croix du 8 décembre 1905 :

 Consummatum est

C’est fait ! « Prisonniers de leur parti », comme l’a dit M. Clemenceau, les sénateurs, courbés sous le despotisme maçonnique, ont, malgré les courageux efforts d’une éloquente minorité, enregistré le décret du Grand-Orient, formulé par les députés en texte législatif.
[…]
Ainsi, par la volonté de 341 députés et de 181 sénateurs, dont les trois quarts maudissaient au fond de leur cœur cette détestable aventure, grâce à la coupable faiblesse de trois hommes [Loubet, Rouvier, Delcassé] qui en condamnaient la folie, l’apostasie officielle de la France est proclamée.
[…]
L’événement d’hier est, en effet, le plus grave qui se soit, depuis un siècle, accompli dans notre histoire, plus grave que les révolutions successives, plus grande que la grande guerre elle-même : car celles-ci, en changeant les régimes, en mutilant la patrie, laissaient du moins la vieille France chrétienne debout dans la force de sa tradition.
Depuis hier, il y a encore une France catholique, il y a encore des catholiques français. Mais la nation française est, par ses représentants, rayée du nombre des Etats catholiques.
C’est une inexprimable douleur pour ceux qui donnèrent toute leur vie à une seule idée, l’union de la France et de l’Eglise ; et c’est aussi, pour tous, un sujet de poignante angoisse, car les peuples ne déchirent pas, sans de cruelles expiations, le livre de leur destinée.

Albert de Mun, de l’Académie française.

[Albert de Mun, 1841-1914, monarchiste, corporatiste social, un des leaders de l’opposition, virulente on le voit, à la loi de séparation des Églises et de l’État]