états de provence

En ce dernier mois d’août, je suis passé par Aix-en-Provence, une ville à laquelle me rattachent bien des souvenirs de prime jeunesse, bons et moins bons.

Je suis passé en pèlerinage à l’ancienne bibliothèque Méjanes, sise en l’Hôtel de Ville, où j’avais tant potassé. Mais dorénavant la salle était vide. N’y demeurait que le souvenir des États de Provence, qui y siégèrent. Midi venait de sonner, et pour l’heure les touristes avaient préféré les terrasses et restaurants avoisinants. Je me suis donc assis sur un des hauts sièges ceinturant la salle, et j’ai laissé aller ma rêverie…

En 1481, le Comté de Provence  était rattaché au royaume de France, par héritage du dernier Comte Charles III. Rattaché « comme un principal à un principal », c’est-à-dire devant conserver ses institutions et ses libertés traditionnelles. Ainsi le confirmèrent en 1482 et 1486 les États de Provence, formés des représentants des trois ordres, clergé, noblesse, Tiers-état.

Las, on le sait, les Rois de France n’eurent de cesse de rogner puis supprimer cette spécificité et ces libertés,  en imposant à la Provence les institutions françaises, et déjà, en 1501, le Parlement de Provence, cour souveraine judiciaire et administrative qui se substitua progressivement aux institutions comtales.

Les réunions des États de Provence se raréfièrent, puis disparurent pratiquement dans la seconde moitié du XVIIème siècle, jusqu’à leur réunion ultime de 1788.

Il n’en demeurait pas moins que les États demeuraient dans la conscience éclairée du Comté comme la représentation de la patrie provençale, du « corps national provençal », mais un corps dominé par les privilégiés : ce qui explique la méfiance et la désaffection des communautés du Tiers-État, puis leur adhésion en 1789 au grand mouvement révolutionnaire bourgeois et populaire qui secoua le Royaume.

Il n’empêche : tout au long du XIXème siècle, les historiens régionalistes puis les félibres entretinrent le souvenir mythifié de cette indépendance provençale symbolisé par les États.

Je n’ai jamais été piégé par ces reconstitutions d’histoire, mais j’ai toujours été sensible au fait que, avant la rattachement, il existait bel et bien une entité nationale provençale, avec sa langue et ses institutions, entité nationale traversée, comme toute entité nationale, de contradictions politiques et sociales, mais entité nationale…

Et je n’ai pu m’empêcher de penser aux récentes propositions fédéralistes de notre Président, qui cadenassaient encore plus la nation française dans l’union européenne. La France elle aussi a été unie à l’UE comme un principal à un principal, entendez comme un état souverain à une communauté souveraine… Et, comme la vieille Provence, la France se voit progressivement dépouillée de ses institutions et de sa souveraineté… Sauf conflits dramatiques faisant éclater l’union, et si notre Tiers État y trouve son compte, il semble probable que nos descendants vivront dans un quartier de l’UE où ne subsisteront que quelques spécificités culturelles, et notamment une langue abandonnée au peuple le plus fruste et à quelques néo-félibres défenseurs du français académique.

 

L'Encyclopédie présentait ainsi l'annexion aux lecteurs du XVIIIe siècle :
"Ce qu’il y a de certain, c’est que Louis XI. prit possession de toute la Provence, & fit ouir en justice plusieurs témoins, qui affirmerent que Charles avoit déclaré hautement avant sa mort, qu’il vouloit que le roi de France fût héritier de tous ses états qu’il laissoit à la couronne. On promit néanmoins aux Provenceaux qu’on leur conserveroit leurs lois particulieres & leurs privileges, sans que par l’union à la couronne leur pays pût devenir province de France. C’est pour cela que dans les arrêts rendus au parlement d’Aix, on met, par le roi, comte de Provence ; & les rois dans leurs lettres adressées à ce pays-là, prennent la qualité de comtes de Provence."