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Dans l’abondance de courriels, blogs, sites et publications, que je reçois ou que je consulte, la situation grecque après les dernières élections a naturellement tenu une place importante.

Et je demeure perplexe devant la foultitude de points de vue qui s’expriment, et souvent s’opposent, chez ces auteurs que l’on peut par commodité ranger sous l’étiquette  « opposition de gauche à la gauche institutionnelle actuellement aux affaires ».

Pour aller vite, d’aucuns reprochent à Syriza d’avoir accepté de passer sous les fourches caudines de la Troïka, faute d’un plan B, et de démoraliser ainsi toute la gauche radicale européenne, d’autres se félicitent que Syriza ait pu rester au pouvoir, au prix de concessions qui ne mettent pas en cause sa volonté de mener une vraie politique de gauche.

Je me garderai de choisir entre ces deux visions, le choix est l’affaire des Grecs, et sans doute la meilleure chose que nous pouvons leur apporter est de la compréhension et de la solidarité dans ce malheur.

Pour autant, il est toujours intéressant d’aller à la source, et donc, en l’occurrence, de lire les documents proposés par Syriza. Ainsi son Projet de programme de gouvernement, publié début septembre.

 http://www.transform-network.net/fr/blog/blog-2015/news/detail/Blog/syrizas-governmental-program.html

Je vous y renvoie.

Je lis en introduction :

« Le 25 janvier a marqué un point de rupture sans précédent au devenir politique tant de la Grèce que de l’Europe. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale en Europe, un parti de la gauche radicale a réussi à accéder au gouvernement et cela dans des conditions d’une crise économique, politique et sociale généralisée. »

En effet, et c’est bien ici que le bât blesse. Car toute l’expérience historique (de la Grèce de 1946 à l’Indonésie de 1965, du Chili de 1973 à l’Italie des années de la Tension et à la France de 1981) montre que les classes dominantes, (au plan national et au plan international), par la terreur la plus abjecte ou par l’utilisation de courants « réformistes », n’ont jamais accepté que s’affirment des forces de changement et que se mettent en place des gouvernements portant atteinte aux intérêts capitalistes.

On se demande bien par quel miracle il n’en irait pas de même aujourd’hui.

Ce qui ne signifie en rien, bien évidemment, qu'il ne faille pas travailler pour la mise en œuvre d'une politique de changement, mais à la condition essentielle de ne jamais sous-estimer l'adversaire et de ne jamais prendre ses désirs pour des réalités. Orphée domptait les fauves par son chant, mais aujourd'hui on ne lutte sans doute pas avec des fauves avec nos seules incantations...