J’évoquais hier le point de vue du linguiste Claude Hagège, concernant la vampirisation de notre façon d’être et de penser par la prégnance de la langue de l’Empire.

Et j’ajoutais que le mal suprême me paraissait sévir ailleurs, insidieusement.

Dans un récent article de TéléObs, « Plus assez de mots pour le dire », Jean-Claude Guillebaud va droit à l’essentiel, en dénonçant non seulement l’appauvrissement médiatique du vocabulaire français (et, partant, de l’appauvrissement dans la pratique générale), mais encore et surtout la manipulation idéologique qui fait de cet appauvrissement une arme idéologique et politique :

 http://teleobs.nouvelobs.com/polemique/20151027.OBS8405/plus-assez-de-mots-pour-le-dire.html 

« Au total, si les citoyens n’écoutent plus les discours vides, s’ils boudent le ressassement des grands médias, c’est bien parce que notre langue commune est réduite à sa plus simple expression. Non seulement les mots qui font sens se sont faits plus rares, mais ils sont souvent détournés de leur signification initiale. Des formules faussement anodines se répandent ainsi dans l’air du temps comme un gaz inodore mais asphyxiant. 
Par exemple, quand on appelle "réforme" une régression sociale, ou quand le mot "populisme" est brandi comme une arme de dissuasion massive pour défendre la forteresse des élites. Par exemple, encore, un tour de bonneteau sémantique permet, ni vu ni connu, de remplacer le mot "capitalisme" par celui, plus tendance, de "libéralisme". »