Connaissant mon intérêt pour la culture d’Oc, un ami qui vit aux Baléares me demande mon point de vue sur l’appellation « Occitanie », voire « Occitanie-Catalogne » qui semble rallier la majorité des suffrages des élus et des citoyens dans la nouvelle région regroupant Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées.
Ne vivant pas dans cette région, je ne peux être concerné que par le sens linguistique du mot « Occitanie », qui désigne l’ensemble des territoires où est (où fut ?) parlée la langue d’Oc. C’est dire que réduire cet ensemble à une de ses parties serait bien regrettable.
Cette réduction réjouira toutefois ceux des provincialistes provençaux, gascons ou auvergnats, et j’en passe, qui depuis longtemps reçoivent ce concept de langue occitane comme une création « impérialiste » languedocienne, visant à remplacer par une langue artificielle les parlers des vieilles provinces méridionales. Renfermer l’occitan dans l’espace historique de ces deux régions Languedoc et Midi Pyrénées, revient à considérer que le provençal, le nissart, le vivaro-alpin, l’auvergnat, le limousin, le gascon, etc., dans toutes leurs variétés, ne sont pas de l’occitan…
La querelle linguistique peut passionner le petit monde des convaincus, d’un bord ou de l’autre, mais laisse sans doute indifférents, dans leur immense majorité, les habitants des régions concernées.
Il n’empêche, baptiser « Occitanie » une partie seulement de l’ensemble linguistique me paraît être une erreur, voire une faute.

Mais plus sérieux est le problème politique créé par une telle appellation.
On sait que la grande Révolution, en créant les départements, avait voulu abolir les vieilles entités provinciales. De la réforme seulement envisagée par le gouvernement Pétain, aux grandes réformes de 1955-1956, les cadres départementaux ont été doublés par des cadres régionaux dont certains correspondaient plus ou moins fâcheusement aux vieilles provinces, provinces dont tout un chacun connaissait encore le nom, Auvergne, Bretagne, Limousin, Provence, etc.
Mais en l’occurrence, le nom de « Occitanie » ne correspond en rien à une ancienne province : le terme a été créé par l’administration française pour désigner les terres méridionales conquises après la croisade contre les Albigeois…
Curieuse récupération, qui prend tout son sens dans le cadre de l’idéologie de la récente réforme régionale. Le pouvoir a voulu de vastes ensembles qui ne répondent à aucune logique historique ou culturelle, et ce dans le seul but de satisfaire aux pressions européennes : créer de nouveaux cadres de gouvernance centrés sur des métropoles, de nouvelles vastes féodalités, qui fassent à terme éclater le cadre national. Le danger d’un éclatement par la résurrection de sentiments « patriotiques » provinciaux est tout à fait absent de ces créations artificielles, dont la plus bel exemple est sans doute la région nouvelle unissant Auvergne et Rhône-Alpes.
Dans tout cela, « Occitanie » vient labelliser proprement d’une pseudo-reconnaissance historique non provinciale l’opération « grands fiefs faisant péter la France, à terme ». Nous sommes à l’opposé d’une revendication uniquement linguistique et culturelle irriguant le versant Sud de la France…

Nous verrons en Juin ce qui adviendra de cette appellation…