On me fait parfois le reproche que mes billets « historiques » soient « sélectifs » et « engagés », et donc quelque peu suspects de partialité ; suivez mon regard : histoire engagée, biaisée, déformée, au service d’une idéologie et d’une Cause  – Bref, tout le contraire d’un Histoire objective, au service le plus fidèle de la « Vérité »…
Histoire « biaisée» ? Histoire « engagée », c’est-à-dire non objective ? Je m’inscris en faux. Les sujets que j’ai abordés l’ont été objectivement, le plus souvent à partir de documents. J’ai le sentiment de m’être toujours tenu à l’approche objective de la Vérité, même si la révélation d’aspects occultés ou mal connus de cette vérité, et les questionnements qu’elle induit, a pu gêner certains lecteurs, qui par là même la considèrent comme « engagée », du seul fait qu’elle focalise sur l’histoire (essentiellement française) du mouvement républicain, du mouvement ouvrier, du mouvement socialiste et communiste, dans toutes leurs composantes et dans toutes leurs conséquences. (Voir la liste des « Catégories » de ce blog). 
Et en effet, à cet égard, il s’agit bien sur ce blog d’une histoire sélective. Et, dans son objectivité, elle rejoint bien évidemment (au sens large) des engagements actuels. Car l’héritage de ce passé pèse singulièrement sur des choix d’aujourd’hui (les miens sont assez clairement exposés dans les billets d’humeur de ce blog concernant la vie politique actuelle).
Deux exemples de cette prédilection « sélective » :
Le premier concerne la période 1848-1851 qui tient une si grande place dans ce blog : la Seconde République, en effet, est à bien des égards matrice et clé de la situation actuelle. J’en ai souvent traité et j’y reviendrai encore.
Le second exemple concerne le mouvement ouvrier. À partir de sa naissance sous la Monarchie de Juillet, le mouvement ouvrier français a toujours voulu se situer de façon autonome par rapport à un mouvement républicain petit bourgeois dont il partageait l’idéal politique. Cette autonomie s’est perpétuée dans ses premiers investissements en partis politiques, dont la visée était, par la réforme ou la révolution, l’abolition du système capitaliste, avant de se diluer, à partir de l’affaire Dreyfus, dans la nébuleuse notion de « Gauche » dont la visée était d’humaniser, si faire se pouvait, ce système… On conçoit que cette vieille donnée de la fin du XIXe siècle ne manque pas d’actualité. D’où l’abondance, dans ce blog, de documents sur ce cheminement du mouvement ouvrier, et de ses relations initiales avec les grands théoriciens que furent Marx, Proudhon, Sorel (je cite par ordre alphabétique), etc.
Mais vous remarquerez encore que la critique de l’histoire soi-disant engagée va le plus souvent, sinon toujours, vers les études qui mettent en cause l’idéologie dominante.
Le reproche n’est jamais dirigé dans l’autre sens.
Ainsi, j’ai pu voir il y a quelques jours sur France 2 un documentaire de 1h30min, « Après Hitler », qui traitait de l’état de l’Europe de 1944 à 1948. Documentaire tout à fait intéressant, tant par sa documentation cinématographique que par son traitement de l’Histoire. Voici comment il était présenté :
« En Mai 1945, après la mort d'Adolf Hitler, les ténèbres répandues par l'idéologie nazie peuvent enfin commencer à se dissiper. Les peuples d'Europe espèrent revenir rapidement à la vie. Mais pour les forces alliés, d'immenses défis restent pourtant à relever : il leur faut reconstruire un continent entièrement dévasté, mais aussi panser les plaies des populations civiles, affaiblies par la faim et animées par une soif de vengeance. Plus de 40 millions de personnes déplacées par la guerre rêvent de retrouver leurs foyers et, bien que les armes aient été déposées, la violence continue de régner. Après la peste brune, il semble qu'un nouveau conflit menace. »
Ce que ne dit pas la présentation, c’est que la menace de ce nouveau conflit, en fait toute la seconde partie, est entièrement mise par le jeune documentariste David Korn-Brzoza, réalisateur et co-auteur, et par un remarquable pur produit du sérail des historiens, Olivier Wieviorka, auteur, sur le dos de « l’ogre rouge », je cite. La seconde partie, celle qui oppose les USA salvateurs aux les Rouges menaçants, est à pleurer de manichéisme. Aucune mention du rôle des méchants rouges dans les conquêtes sociales et politiques de la Libération. Ainsi les travailleurs français en grève en 1947 sont manipulés par la stratégie soviétique, ou en sont complices. Ainsi, les résistants communistes grecs, qui viennent de vaincre le nazisme, et qui sont écrasés par les Britanniques ramenant le roi, sont présentés comme des trublions aux ordres directs de Moscou. Aucune mention de la guerre du Viet-Nam déclenchée par les militaires français. Si cela n’est pas de l’histoire engagée, je me demande où on la trouvera…