Depuis que je suis gosse, j'ai entendu les anciens dire que l'on ne pouvait pas faire confiance au Parti socialiste, qui renacle devant l'obstacle, et finalement s'écrase : union sacrée en 1914, non intervention en Espagne en 1936, et, pire, qui se range du côté des possédants, comme lors de la répression sanglante des grèves de 1947-1948 ; le parti qui envoie le contingent en Algérie après le revirement du début 1956, avant de se rallier à De Gaulle en 1958...
Mais, dans le souvenir encore proche du Front Populaire, subsistait l'idée que, quelque part, une étincelle de "bon socialisme" pouvait persister. D'où l'acceptation, résignée, de l'union avec le PS autour du fameux Programme commun et les accords électoraux, notamment municipaux.

Aujourd'hui, la donne est clairement différente. Il ne s'agit plus de lâcheté ou de volte-face. Si l’on pouvait en douter, au-delà des ambitions personnelles, tout montre que le rôle historique de la direction du PS actuel est de faire passer ce que la droite n’aurait pas pu faire passer : le triomphe absolu du néo-libéralisme.

Ce PS croit pouvoir y réussir et le peut.

Il n’avait certes pas prévu la combativité de secteurs d’une classe ouvrière que l’on disait disparue, mais il espère trouver là l’occasion de la briser définitivement, à la Thatcher.

Il risque d’y perdre quelques plumes électorales sans doute, mais il compte bien se rattraper en agitant le danger de la droite et de l’extrême droite : « Hors de moi, point de salut… ». Ce serait d'ailleurs une grande erreur, me semble-t-il, de considérer que le parti socialiste est mort et enterré. On l'a dit tel en maintes circonstances, et les anciens (dont je suis) se rappellent qu'après 1968 il était tombé à 5% des suffrages avec la candidature présidentielle Defferre (1969). On connaît la suite... Sociologiquement, le PS, dans ses hésitations, ses reniements, mais aussi sa capacité à flatter autant le bon sens pusillanime que l'humanisme sélectif d'une classe moyenne massivement présente dans notre société, est et demeurera sans doute un des protagonistes majeurs de la vie politique. Il est dorénavant placé devant le choix de demeurer "socialiste" atrape tout, y compris en gardant ses "frondeurs", ou, comme semble l'y inciter l'actuel Premier Ministre, à devenir un Parti démocrate centre gauche à l'italienne et à l'américaine, clairement libéral...