Je disais dans un récent billet, à propos du film NO, que je reviendrai peut-être sur le Chili.
Cf. : http://merlerene.canalblog.com/archives/2016/08/14/34188669.html
Voici pourquoi.
En ravivant cet été mes souvenirs de l’Ile chilienne de Pâques (Rapa Nui) et ses moai, je suis tombé sur cet article du quotidien La Nación.
Je le donne ici pour les hispanophones
http://www.lanacion.cl/perdida-tras-los-moais/noticias/2007-09-30/014412.html
Et j’ai ainsi réalisé qu’en fréquentant le bureau d’information touristique de Hanga Roa, à Rapa Nui, j’avais peut-être été en face d’une femme rendue tristement célèbre par sa confession du début des années 1990 :
Cf. Pour les hispanophones encore, cf. le documentaire de la réalisatrice franco-chilienne Carmen Castillo :
https://www.youtube.com/watch?v=A6xqUqDZTz0
http://cinechile.cl/pelicula-323
Retournée sous la torture (et avant de jeter la pierre chacun/e peut se demander ce qu’il ferait sous la torture), elle avait ensuite contribué à détruire le réseau de résistance du MIR (Movimiento de Izquierda Revolucionaria) dont elle était une des responsables.
Cet article m’a remis plus que jamais en mémoire le trauma que nous avons pu ressentir à partir de 1973, quand nous parvenaient les échos de l’abominable répression du mouvement démocratique par les sbires de Pinochet.
Dans ce trauma s’entrelaçaient des considérations politiques et des considérations sur la nature humaine. Je reviendrai sur les premières, mais les secondes portaient d’abord sur l’interrogation, à laquelle je n’ai toujours pas de réponse, à propos de la libération du sadisme jusque là enkysté dans des individus banalement ordinaires, et la révélation que les bourreaux n’étaient pas que des hommes. C’est une femme, membre des forces armées, qui dressait et faisait officier le chien chargé de violer les prisonnières…
http://www.cctt.cl/correo/index.php?option=com_content&id=671:para-no-olvidar-el-qescalafon-femeninoq-de-la-tortura-en-chile
Ces secondes interrogations portaient encore sur l’aval donné à cette horrible répression par une bourgeoisie bien pensante. Je me souviens de la propriétaire d’une galerie artistique de Santiago, - c’était en 2000, donc dans une période où les bouches commençaient à s’ouvrir, - qui m’avait signifié, tout en essayant de me fourguer quelques bijoux locaux, que tout ce qu’avait fait Pinochet était bien fait et que les Rouges avaient bien cherché ce qui leur était tombé dessus. Rien d’original en fait, qui a lu les bien pensants (y.c Flaubert et George Sand) d’après la Commune de 1871, ne seront pas étonnés.
Mais au-delà de cette réaction de classe d’un grand cynisme et d’une grande banalité, l’interrogation portait sur ce constat déprimant d’une population doublement anesthésiée, tant par le poids de la terreur policière que par les sirènes du néo-libéralisme déchaîné après le coup d’État.
Maintenant, en ce qui concerne les interrogations directement politiques, j’en demeure toujours à celles qui nous taraudaient en 1973-1974. Sans aucune facile critique de la courageuse expérience Allende, nous nous interrogions sur la possibilité ou l’impossibilité de passer au socialisme par la voie pacifique, d’autant que L’Unité populaire d’Allende, minoritaire dans l’opinion (Allende avait été élu en 1970 avec 36,6 % des exprimés), avait totalement sous-estimé la capacité de riposte violente de l’adversaire, avec l’appui direct de l’appareil d’état  (Pinochet fut ministre de l’angélique Allende avant de le trahir !) et de la CIA.
On sait que c’est cette interrogation qui a amené le grand Parti communiste italien, dont le potentiel électoral était à peu près celui d’Allende, mais que menaçaient de coup d’Etat le réseau Gladio et la CIA, à écarter toute aventure solitaire et à proclamer plus que jamais la thèse gramscienne d’une hégémonie culturelle (au sens large) des forces de mutation, préalable à toute participation au pouvoir. On sait aussi que ce constat, que refusèrent les partisans de la lutte armée des tragiques années 70-80, loin d’aboutir à la moindre hégémonie, amena à la mutation, puis à la renonciation que l’on sait, et enfin au suicide du PCI, qui laissa la place à un social-réformisme mou, tout à fait acceptable par l’ami américain et la grande bourgeoisie italienne.
Et cette interrogation demeure chez nous sur la possibilité – impossibilité de réformer pacifiquement une société régie par le néo-capitalisme, en particulier devant les rodomontades de celui, ou de ceux, dont le verbe est facile, qui annoncent la Révolution sans être le moins du monde prêts à l’affrontement de classe…