Sans grandes illusions sur l’efficacité de ce rassemblement quelque peu groupusculaire, et faute de mieux, j’avais voté « Front de Gauche » au premier tour des présidentielles de 2012, après avoir signé, sans enthousiasme, l’appel des « polareux » à soutenir son candidat [1]. Il se trouve, pour qui ne s’en souviendrait pas, que ce candidat s’appelait Jean-Luc Mélenchon.

Quatre ans après, Jean-Luc Mélenchon est à nouveau candidat, mais cette fois en son nom personnel. Mais, en faisant don de sa personne et de son engagement à « la France insoumise », il n’hésite pas à verser à son compte personnel les quelque 4 millions de voix qu’il avait obtenues en tant que candidat du Front de Gauche. Ce qui signifie clairement aux composantes du FdG, et avant tout au Parti communiste : « S’il vous plaît, donnez moi les indispensables parrainages de vos élus, et laissez vos militants être les petites fourmis de MA campagne ». On ne peut être plus cynique.

Personnellement, j’avais voté Front de Gauche et non pour un homme, aussi charismatique qu’il puisse être. Mais basta, il est clair qu’en l’occurrence, notre candidat auto-proclamé compte sur le réflexe unitaire d’une majorité d’électeurs FdG : « à quoi bon pinailler sur le coup de force de JLM, l’essentiel n’est-il pas de soutenir un homme qui parle juste, et qui s’apprête à donner le coup de balai nécessaire ? n’est-il pas nécessaire que, bien au-delà des partis et groupuscules, que se fasse l’unité des citoyens qui en ont marre de la politicaillerie de la gauche officielle ? Et alors, pourquoi ne pas s’engager immédiatement dans le soutien à la candidature JLM ? ». Ce ne sont certes pas les candidatures tièdes des protestataires engagés dans la primaire socialiste, (ex-ministres hollandais, « frondeurs » toujours reculant devant l’obstacle, etc. ) qui pourront faire le poids face à la « virtù » d’un JLM certain d’être ce Prince dont rêvait Machiavel, seul à même de porter efficacement le fer purificateur dans la plaie…

On comprend ce qui semble bien être de l’embarras du côté d’une des grandes composantes du FdG, le Parti communiste, dont le secrétaire ne cesse d’appeler au rassemblement de toutes les forces vraiment de gauche derrière une éventuelle candidature portant la voix de tous ceux qui s’étaient mobilisés contre la loi El Khomry. Mais sans privilégier le nom de JLM. Ce qui n’est pas le cas de figures marquantes du PC, comme Mme Buffet ou quelques élus de grandes villes, qui appellent ouvertement à soutenir JLM. Un tout récent appel de personnalités de gauche, dont de nombreux communistes, et non des moindres, va dans ce même sens :
https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/070916/en-2017-faisons-front-commun

Il est pourtant évident, pour quiconque a un minimum de culture politique historique, que Mélenchon, bon disciple d’un Mitterand qu’il encense toujours, est prêt à écrire un nouvel épisode du phagocytage de ce qui demeure d'un PC traumatisé par le 1,93 % obtenu par sa candidate aux présidentielles de 2007. Mais, me direz-vous, est-ce là le problème essentiel ? Que pèse l'avenir d'une force en déclin absolu face à la chance historique qu'offre la candidature JLM ?
Puissent ces nouveaux soutiens, parfois inattendus, ne pas oublier la phrase célèbre de Cocteau dans Les mariés de la Tour Eiffel : «Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être l'organisateur.»

Mais bon, je sais bien que mes amis mélenchoniens me diront : "Si tu n'aimes pas ça, n'en dégoûte pas les autres"...
Bref, pour résumer ma pensée quelque peu fatiguée, on est mal barrés si, une fois de plus, la solution des problèmes de société qui détruisent notre pays, et au premier chef l'avenir de notre jeunesse, n'est vue qu'à travers la lorgnette de l'électoralisme, et de l'homme providentiel, dans le cadre des institutions de la République gaulliste. Mais ce que j'en dis, en tant que citoyen écœuré de cette politique, n'engage que moi. J'écris ici, comme on dit, pour sauver mon âme, et non pour me poser en éclaireur. Je garderai dorénavant pour moi mes réflexions concernant l'élection de 2017, et n'en traiterai plus sur ce blog, en fin de course lui aussi.

[1] http://merlerene.canalblog.com/archives/2014/08/26/31952068.html