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Cf. sur ce blog : « Scola » - http://merlerene.canalblog.com/archives/2014/10/31/30859970.html
« La mort de Scola et la politique » http://merlerene.canalblog.com/archives/2016/01/24/33256417.html

Je viens de revisiter d’un coup la célèbre trilogie de Scola, Nous nous sommes tant aimés (1974), La terrasse (1980), La famille (1986). Merci « Vidéo à la demande » !
Je m’en tiendrai ici à parler du premier, proposé dans sa version mastérisée de 2004.
On connaît le thème : l’amitié de trois hommes, née dans la lutte partisane antifasciste de  1944-1945 et son idéal d’unité pour une nouvelle société, plus juste, plus humaine. Amitié qui va se perdre, et occasionnellement se retrouver pendant les trente années qui suivent la libération, années des promesses trahies et des idéaux inaboutis. Une amitié qui court à travers les destins individuels confrontés aux permanentes mutations de la réalité italienne, comme court comme la chanson partisane du début à la fin…
Ce n’est pas sans crainte que je me suis décidé à revisiter ce film que j’avais considéré comme un chef-d’œuvre, quand je l’avait rencontré en 1975 ou 1976, je ne sais plus. Comment allais-je retrouver des personnages métaphoriques, dessinés à trop grands traits ? N’allais-je pas trouver trop facile ce canevas de destins individuels illustrant, sur trente ans de vie publique et privée, la donne mouvante de la nouvelle société et ses promesses trahies : l’avocat idéaliste désormais lié à jamais à la société du fric la plus basse et la plus vulgaire, l’intellectuel verbeux, gauchiste, élitaire et impuissant, le prolo communiste, solide et modeste, confronté positivement au monde réel… Sans oublier Luciana, aimée des trois, dont les ambitions et les choix changent comme change la société ; et sans oublier encore le tragique destin de l’épouse, fille ignorante de parvenu, dont l’avocat pygmalion a fait malgré lui une femme lucide et désespérée… Bref, n’allais-pas décevoir ma nostalgie par la rencontre d’une pesante démonstration assénée il y a quarante ans, à l’aube des années de plomb, de la renonciation communiste et du berlusconisme conquérant ?
Et bien, non, je n’ai pas été déçu, tout au contraire. En fait, par rapport à ma découverte de 1975, le choc émotionnel, certes renouvelé, était autre. Non seulement par la mélancolie qui me submergeait, non seulement par ce que ces images me permettaient de faire le point par rapport à ce à quoi je croyais en 1975, mais encore et surtout par le fait que le film, en revisitant l’histoire, n’était plus désormais suspendu sur l’interrogation du futur. On sait tout ce qui est advenu après 1974. Il reste ce qui aide à vivre, l’humanité de Scola dans son rapport à des personnages qui sont tout sauf des symboles creux, sa grande maitrise d’intellectuel artisan du cinéma (un cinéma auquel il rend constamment hommage), la grande réussite du travail en équipe, la magie du « il était une fois »… Et c’est beaucoup !

 

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