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Tour de France cycliste ? Par ricochet parlons du FN.
N'étant pas politologue, professionnel ou amateur, je ne suis pas très motivé, ni très compétent, pour approfondir la réflexion sur les bases et les développements de l’idéologie frontiste. En fait, tout ceci me semble connu, et bien connu, depuis longtemps, à tout le moins dans la région où je vis, et particulièrement dans mon département du Var où, grâce au Peuple souverain, le Front a frôlé la majorité absolue au second tour des régionales, après avoir remporté bien des succès cantonaux, municipaux, et même un succès sénatorial. Pour aller vite, tout me semble tenir dans les deux mots de la bonne définition (avant qu'elle soit effacée par le Rassemblement Bleu Marine) : 
- « Front », qui implique non pas un parti mais, derrière un/e Guide charismatique, un regroupement, interclassiste et intergénérationnel,  contre les menaces extérieures (immigration déferlante, Europe bruxelloise, mondialisation) et intérieures (insécurité, islamisme, assistanat débilitant, perte de repères culturels, sexuels et familiaux, étatisme inefficace, morgue des "élites") ;
- « National » qui marque l’axe du rassemblement, la Nation, jugée matrice protectrice de l’identité close, du mode de vie, de la sécurité, du bien-être. Nation que des gouvernements jugés irresponsables et apatrides ne cesseraient de piétiner.
Comme bien d’autres, je n’ai cessé de répéter, (mes différents blogs en ont témoigné), combien la gauche dite de gouvernement et la plus grande partie de la gauche de la gauche et des écolos se sont fourvoyées en abandonnant au FN le thème rassembleur de la Nation, (à ne pas confondre avec le nationalisme, tel que nous le voyons s'enfler par exemple dans l'Est européen et aux USA). D’aucuns, (les plus nombreux), tenants du néo-libéralisme, et incapables de proposer une saine dialectique entre la défense des intérêts nationaux et la construction de l'Europe, ont donné la préférence au thème de l’Europe, en renvoyant à sa ringardise présumée ce thème de la nation. D’autres, luttant pour la justice sociale, ont cru bon d’effacer le drapeau tricolore par le seul drapeau rouge, voire le drapeau rouge et vert. Les uns et les autres ont été quelque peu pris de court par la vague populaire d’unité nationale qui a déferlé en réaction aux attentats de 2015, et le déferlement des drapeaux tricolores qui l’a accompagnée. Dure leçon pour des professionnels de la politique enfermés dans leur bulle, quelque peu coupés des réalités, mais, n'en doutons pas, prompts à la récupération. En témoigne la délectation nationaliste de notre Président centre du Monde à propos de sa politique interventionniste, guerrière et distibutrice de sanctions...

Bon, me direz-vous, tout ceci est bien intéressant, mais enfin, quel rapport avec le Tour de France, compétition populaire apparemment à cent lieues de la politique politicienne ?
La récente publication de son itinéraire 2017 m’a pourtant ramené directement sur le sujet.
Je dis bien l’itinéraire, et non la nature de la compétition. Sur la nature, je notais sans nostalgie, sur un blog précédent, que depuis  bien longtemps, le Tour ne se court plus avec les équipes nationales et régionales que les gens de ma génération ont connues dans leur jeunesse. Le fric prime sur la Nation.
Avec les équipes de marques, le cyclisme a anticipé sur tout ce qui pend au nez des autres sports : la compétition commerçante qui sans hypocrisie renverra aux vieilles lunes les engouements footballistiques ou rugbystiques pour des équipes de mercenaires dites locales.
Et peut-être un jour les guerres se dérouleront sous les drapeaux des grands trusts qui se partagent le monde, plutôt que sous celui des anciennes nations…
Mais au-delà de la composition des équipes, c’est une autre problématique qui s’avance avec le tracé même de l’épreuve.
Il y a belle lurette que les Forçats du vélo sont lâchés et bien lâchés sur les routes non seulement hexagonales, mais européennes. Et le tracé du Tour 2017 vient encore renforcer cette dimension : départ en Allemagne, passage en Belgique et au Luxembourg, avant de s’embarquer en France pour un tracé surréaliste, privilégiant totalement la très juteuse montagne (garantie d’audience télévisuelle et de pubs, garantie aussi de forcenés au bord de la route étroite). Bref, un tracé qui n’a plus rien à voir avec une dimension hexagonale de Tour.
Mais laissons ce tracé franco-français et revenons à l’ouverture du tracé aux pays voisins. L’entreprise n’est pas nouvelle : depuis les années 50, et particulièrement dans ces dernières années, le Tour a pris souvent son départ à l’étranger : en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en Irlande, en Suisse, et… à Monaco.
On peut s’en féliciter. Pour les européanistes convaincus, l’intérêt ainsi manifesté à nos voisins n’est-il pas gage d’amitié et de bonne cohabitation dans une construction européenne encore bien abstraite ?
On peut aussi s’en énerver.  
Dans un communiqué du 19 octobre, le Front National a eu beau jeu de protester contre cette entame de la compétition, atteinte « bruxelloise » à la donne initiale du Tour qui était de « mettre avant tout en valeur la beauté du patrimoine naturel et historique de notre pays. »
L'épisode est bénin, mais le FN a bien senti que la nouvelle figure de la Grande Boucle conforte chez beaucoup l’idée que, une fois de plus, l’Europe prime sur la Nation et la phagocyte.
Et c’est de ces coups d’épingle, apparemment innocents, dans le « contrat national », que naît une profonde méfiance à l’égard des décideurs et des « élites »…