J’ai écrit, et je le répète, que dans les circonstances présentes je garderai pour moi mes appréciations sur les candidats aux diverses primaires et sur les candidats déjà déclarés à la présidentielle. Le système électoral est tel que nous n’aurons sans doute le choix ( ?), in extremis, que de soutenir par défaut celui qui permettra d’éliminer le/la pire, ou de ne pas choisir. Nous avons déjà connu cela aux dernières élections régionales dans notre région PACA. À quoi bon, dans ces conditions, étaler ses états d’âme, qui ne sont en rien opérants.
À ce propos, je voudrais dire à mes correspondants de sensibilité communiste, mais ralliés à Jean-Luc Mélenchon, qu’il est vraiment inutile de m’envoyer, (comme à d’autres puisqu’il s’agit généralement de déversement sur fichier d’adresses), argumentaire sur argumentaire. Ils ne peuvent qu’aggraver mon hypertension.
Le sucre sur les poires est sans doute cet entretien avec Mme Buffet, publié dans la revue Regards, que vous voulez bien me répercuter :
http://www.regards.fr/web/article/marie-george-buffet-le-choix-d-une-candidature-communiste-nous-isolerait

Mme Buffet soutient la candidature de Jean-Luc Mélenchon et pointe l’inanité d’une candidature communiste, facteur d’impuissance, d’isolement et d’affaissement accru pour le PCF. Je comprends que le 1,93 % qu’elle avait obtenu quand le PCF l’avait envoyée à l’abattoir à l’élection de 2007 lui ait servi de leçon, et qu’elle rêve d’autre chose. Elle estime donc désormais que la candidature Mélenchon, autour de laquelle existe une dynamique, s’inscrit dans « le rassemblement des forces alternatives à gauche, précisément pour faire gagner la gauche. […] Ce choix est le seul, aujourd’hui, en capacité de réunir largement et de gagner à gauche pour battre la droite et l’extrême droite. »
Je conçois parfaitement que Jean-Luc Mélenchon et ses disciples rêvent d’un score qui les placerait au premier tour avant le candidat socialiste, score historique s’il en était.
Mais franchement, qui pourrait croire que ce score permettrait à Jean-Luc Mélenchon, même s’il parvenait à être qualifié pour le second tour, de battre la droite et l’extrême droite ? Qui peut imaginer que dans ce cas, la totalité des électeurs de droite, traversés par un élan démocratique, le soutiendraient contre Mme Le Pen ? Et même encore, puisque nous sommes dans la politique fiction, qui peut penser que, dans l’état actuel des choses, le candidat des Indignés, s’il était élu, disposerait d’un appareil politique et d’un soutien populaire conséquent pour mettre en œuvre son programme, qui vaut la peine d’être lu et médité ! Et même encore, pour envoyer le bouchon un peu plus loin, qui peut penser qu’une telle élection, elle aussi obtenue par défaut, ne nous entraînerait pas dans les impasses à la Tsipras, pour ne pas parler de l’impasse tragique d’Allende ?

Il me semble que dire cela ne signifie pas baisser les bras, et s’en remettre aux choix résignés comme celui en faveur d’Hollande aux présidentielles de 2012, ou d’Estrosi aux régionales PACA de 2015. Parce que toutes ces spéculations électorales s’en tiennent à la seule politique politicienne, comme si l’avenir d’un pays se jouait seulement dans les joutes électorales, dont sont friands les maniaques de la comptabilité, des alliances de cœur ou de raison, du déshabillage des candidats… Depuis 1789, qui vit la mort d’une monarchie absolue jugée éternelle, la France a changé bien des fois de régime politique. Amusez vous à les compter, c’est vertigineux. Et, si vous prenez la peine de considérer comment sont advenus ces changements, vous n’aurez pas de mal à réaliser qu’ils sont nés de l’épreuve de force politique et sociale, et non d’un bien sage scrutin démocratique. Et même notre actuelle Cinquième République, dont nos médiocrates chantent les vertus, République soi-disant née d’un libre référendum populaire, est fille d’un coup de force militaire dans les rues d’Alger et d’Ajaccio….
Je ne désespère pas de voir, comme le souhaite Mme Buffet, « les forces alternatives à gauche » accéder enfin aux affaires, mais je doute qu’elles puissent faire l’économie d’une secousse sociale, et par ricochet politique, que leurs atermoiements actuels ne semblent guère ni anticiper, ni préparer.