Au lecteur qui me demande ce que je pense de l’Europe fédérale, remède supposé à tous les maux de l’actuelle construction européenne par la création d’une fusion des états sous une seule autorité, je réponds que je n’en pense que du mal et que, s’il faut choisir, je préfère de loin l’Europe confédérale.

En fait, l’Europe a déjà connu une forme fédérale, et on n’expliquera jamais assez que cette première tentative d’unité européenne des temps modernes est le fait de Napoléon, avec son « système fédératif » qui lui permettait d’assujettir l’Europe dans sa lutte implacable contre le Royaume Uni.
Au lendemain de la victoire sur la Russie et de la signature des traités de Tilsit, Napoléon présente ainsi sa vision européenne aux députés du Corps législatif : « Depuis votre dernière session, de nouvelles guerres, de nouveaux triomphes, de nouveaux traités de paix ont changé la face de l’Europe politique. […] La France est unie aux peuples de l’Allemagne par les lois de la Confédération du Rhin, à ceux de l’Espagne, de la Hollande, de la Suisse et de l’Italie, par les lois de notre système fédératif. Nos nouveaux rapports avec la Russie sont cimentés par l’estime réciproque de ces deux grandes nations. Dans tout ce que j’ai fait, j’ai eu uniquement en vue le bonheur de mes peuples, plus cher à mes yeux que ma propre gloire. » Cf. le Moniteur universel, 17 août 1807, Discours de Napoléon sur la paix.

En quoi consistait ce « système fédératif », souvent évoqué par les historiens, mais pas toujours par les politiques hypocrites d’aujourd’hui ?
L’Empire français et ses 134 départements (la France grossie de régions annexées sur les territoires actuels de l’Allemagne, de la Belgique, de l’Espagne, de l’Italie, du Luxembourg, des Pays Bas, de la Suisse, de l’ex-Yougoslavie), était ceint d’une couronne sous l’autorité directe de l’Empire : royaumes (Espagne, Italie, Hollande, Westphalie) à la tête desquels Napoléon avait placé des parents proches, et Etats « protégés » ( plus que protégés !) par la France : Confédération helvétique, Confédération du Rhin, Duché de Varsovie. Toute cette zone, francisée dans l’administration et débarrassée des tutelles féodales, est en bleu sur la carte.
Au-delà, l’Autriche vaincue et désormais alliée (Napoléon épousera Marie-Louise, fille de l’Empereur d’Autriche) constituait un bouclier efficace contre l’Empire ottoman, et surtout contre les ambitions de la Prusse et de la Russie, proclamées formellement alliées, mais avec lesquelles Napoléon en découdra bientôt.

 

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On sait ce qu’il en advint.