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Les événements lyonnais ont été suffisamment étudiés, et en particulier par Philippe Vigier, pour que je n’y revienne pas ici.
Rappelons seulement que dès l’arrivée de la nouvelle de la proclamation de la République, la descente en masse des Canuts de la Croix Rousse assure la victoire spectaculaire (mais provisoire) des travailleurs sur la bourgeoisie républicaine radicale qui venait de prendre le pouvoir municipal : non seulement les « prolétaires » s’arrogent la majorité des sièges au conseil municipal, mais ils constituent une milice civique, les fameux Voraces, à partir de la structure semi-clandestine née avant Février à la Croix Rousse. Cependant que, dans la nuit du 25, toute la journée du 26 et au-delà, la colère des ouvriers tisseurs se déchaîne contre les pensionnats religieux (les « providences ») dont les métiers leur font concurrence. Et cette colère s’attaque aussi à d’autres secteurs de la production mécanique.

 

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On peut lire dans le Journal des Débats du 4 mars cette reprise d’un article du Courrier de Lyon du 1er mars :
« Les louables efforts de l’autorité provisoire et de la garde nationale, appuyée maintenant sur la troupe de ligne, n’ont pu parvenir encore à réprimer complètement les dévastations dont notre ville et ses environs sont le théâtre. C’est surtout  contre les machines et le travail collectif que ces tentatives paraissent dirigées. … Nous espérons que ces tristes et désastreuses manifestations d’un certain nombre d’individus égarés par de fausses doctrines économiques plutôt qu’animés d’intentions coupables, et par une interprétation erronée des intérêts de la classe ouvrière, ne tarderont pas à cesser complètement. Dégagée des préoccupations et des exigences qui ont dû la dominer dans les premiers momens [graphie de l’époque] d’une installation imprévue et orageuse, l’autorité nouvelle prendra sans aucun doute d’actives et énergiques mesures pour dominer des désordres qui n’ont rien de commun avec la République elle-même, et qui ne peuvent même que compromettre sa cause. Pour l’accomplissement de cette tâche, elle peut compter sur l’énergique adhésion du sentiment public et sur le concours dévoué de la garde nationale et de l’armée. »
En fait, la situation est bien plus compliquée car la milice armée populaire, occupe les forts et se pose dorénavant en garante du maintien de l’ordre populaire à côté de la garde nationale bourgeoise. Et je veux seulement focaliser ici, en écho à des billets précédents, sur la tournure qu’a pris à Lyon la querelle du drapeau rouge et du drapeau tricolore dans ce double pouvoir, bourgeois et prolétaire.
Dès le premier jour, les Voraces avaient arboré le drapeau rouge sur l'Hôtel-de-Ville. Trois jours après, le maire provisoire Laforest leur signifie que, s'il avait pu comprendre leur geste, il était temps maintenant d'en revenir au drapeau national.

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CITOYENS !

 Le drapeau qui signale les dangers de la patrie avait été arboré lorsque quelques périls pouvaient nous menacer.
Inquiétudes et périls, tout a disparu.
La France, unanime dans le sentiment de sa joie et de sa confiance en l'avenir, reprend ses couleurs.
C'est la drapeau de nos grandes gloires démocratiques et militaires.
L'Europe le connaît : - et la France, qui y voit le symbole de ses plus nobles souvenirs, celui de sa Liberté et celui de sa Force, ne pouvait l'abandonner.
CITOYENS !
Le drapeau tricolore sera arboré sur l'Hôtel-de-Ville et sur tous les Edifices publics de la Cité.
Lyon, Hôtel-de-Ville, le 28 février 1948, 

Pour le Comité Central,
Le Maire provisoire, 
LAFOREST."

 

On remarquera que dans son illustration de la bien connue chanson des Voraces, le caricaturiste lyonnais Gilbert Randon montre les Voraces occupant un fort, en brandissant le drapeau tricolore.

voraces

 

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II n'empêche, pour beaucoup de prolétaires, et notamment les Voraces qui continuèrent à porter le brassard rouge, l'abandon du drapeau rouge par les républicains radicaux marquait un premier reniement de la Révolution.
On sait que le drapeau rouge flottera à nouveau sur Lyon lors de l'insurrection montagnarde de 1849, dont l'écrasement signifiera la fin du double pouvoir. L'État de siège instauré à cette occasion cadenassera toute velléité d'organisation "rouge" populaire, en laissant aux Démocrates socialistes petits bourgeois le champ libre pour structurer leur organisation de résistance, qui fut démantelée en 1850. La République les avait écrasés, et les prolétaires ne se lèveront pas pour elle au moment du Coup d'État de décembre 1851... 

 

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