titanic2

Il y a des jours où un sentiment d’inanité s’impose à qui essaie de comprendre ce qui se joue dans notre monde politique, et particulièrement du côté dit des partis de « gouvernement ». Deux partis à vrai dire moins antagonistes qu’il n’y paraît, tant, au-delà des rivalités d’ego et de quelques choix sociétaux, ils partagent les mêmes choix économiques, sociaux, européens. Il y a des jours où l’on éprouve le sentiment d’être le passager d’un Titanic où l’on papote et où on se chiffonne entre gens choisis, alors que le navire est peut-être sur le point de couler.

Pour qui veut ne s’en tenir qu’à la donne électorale, les choses sont à peu près claires : les barons socialistes abandonnent celui des leurs que la primaire a plébiscité, cependant que chez les barons de la droite le doute (pour ne pas dire plus) s’installe sur l’avenir du candidat désigné par la primaire. Et de ces deux trahisons sourd le courant, bientôt le fleuve, qui ira soutenir le candidat Macron : les uns pensent qu’il perpétuera le hollandisme, les autres pensent qu’il le droitisera de juppéisme… C’est leur affaire, mais c’est aussi sans doute celle des électeurs qui n’ont vraiment pas envie de voir triompher Mme Le Pen, des électeurs auxquels on fait bien comprendre que le choix de M. Macron est le seul jouable face au FN.

Mais au-delà de ces tristounettes manœuvres d’appareils, comment ne pas voir quel est l’état réel du pays, et par là même ce qu’il anticipe de lendemains qui déchantent ?

Voici la multitude des désabusés par ces jeux politiques, et par là même de la politique sans retombées positives sur leur existence problématique.  

Voici le camp serré et sans cesse renforcé des « patriotes », unis dans leur diversité par leur même détestation de l’Autre, et la rage du « On est chez nous ! ». Un camp qui, même s’il est minoritaire, mais d’un poil, ne se résignera pas à cet échec qui n’en est pas un. Un camp qui de toute façon se renforcera de nombreux jeunes ambitieux, avides de trouver là des places à prendre alors qu’ailleurs tout est verrouillé.

Voici le camp du fascisme vert, que de bonnes âmes de gauche s’obstinent à ne considérer que dans ses déterminations socio-économiques, sans réaliser quelle emprise idéologique totalitaire il exerce de plus en plus sur une partie de la jeunesse populaire…

Une fois les espérances « raisonnables » de l’élection douchées par l’hétérogénéité de la représentation parlementaire du camp Macron, et, partant, par la réalité révélée de sa politique, le Titanic risque fort de couler. Et on ne peut que frémir de ce qu’il adviendra alors.

Mais bon, je suis sans doute parano, me direz-vous, nous aurons droit à une bonne et tranquille politique louis-philipparde, dure aux faibles et douce aux puissants, une politique anesthésiante mais parée de tous les oripeaux de la modernité. Et si menace de troubles il y avait, les sages de l’Union européenne sauraient bien renvoyer à leur marge les extrémismes… Acceptons en l’augure, sans pour autant dormir vraiment tranquilles…