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Pablo Larrain [1976] est un précieux jeune cinéaste chilien, qui passa au scalpel l’après Pinochet, notamment avec Santiago 73, Post Mortem et le superbe No, deux fois chroniqué sur ce blog. Il a donné voici peu deux films à succès, dans des registres bien différents, Neruda et Jackie (Kennedy). Mais il avait aussi proposé en 2015 El Club, que je viens seulement de visionner, et que je vous recommande.
Dans une maison isolée sur un littoral crépusculaire, l’Église chilienne a relégué, sous la houlette d’une singulière religieuse, quatre prêtres retraités dont on comprendra progressivement quel lourd passé ils portent (abus sexuels sur les enfants qui leur avaient été confiés, collaboration avec la dictature dans la torture et les vols d’enfants…). L’apparente tranquillité de ce quatuor est rompue par l’arrivée d’un autre prêtre pédophile, d’une ancienne victime, et enfin d’un enquêteur de l’église « nouvelle », normalisatrice et tout aussi hypocrite que celle dont elle procède.
Au cœur des non-dits de la société chilienne actuelle, Lorrain focalise donc sur ceux de l’Église, et à travers elle, ceux de notre temps. Un film cruel, glacial, oppressant, mais non sans humour, un film passionnant qui découvre la part d’humanité chez ces monstres ordinaires, et la part de monstruosité chez les « normaux », et qui par là nous concerne tous.