angelus

De cette aquarelle que peignit Klee au lendemain de la grande tuerie de 1914-1918, "Angelus novus", Walter Benjamin en son temps a fait l'ange de l'Histoire, désespérément tourné vers un passé de douleurs sur lequel il n'a plus de prise, cependant que le vent du progrès le pousse dos vers l'avenir... Comment ne pas penser que, plus que jamais, cette vision est celle de notre présent sans lendemain ?

"Son visage est tourné vers le passé. Là où notre regard à nous semble échelonner une suite d'événements, il n'y en a qu'un seul qui s'offre à son regard à lui : une catastrophe sans modulation ni trêve, amoncelant les décombres et les projetant éternellement devant ses pieds. L'Ange voudrait bien se pencher sur ce désastre, panser les blessures et ressusciter les morts. Mais une tempête s'est levée, venant du Paradis : elle a gonflé les ailes déployées de l'Ange ; et il n'arrive plus à les replier. Cette tempête l'emporte vers l'avenir auquel l'Ange ne cesse de tourner le dos tandis que les décombres, en face de lui, montent au ciel. Nous donnons le nom de progrès à cette tempête. "