Nos faiseurs d’opinion s’en vont annonçant la mort programmée du Parti socialiste, triplement plombé : fracture Valls-Hamon, tropisme Macron, ascension de J.-L Mélenchon.
Ils oublient que, comme le Phoenix, le Parti socialiste renaît toujours de ses cendres. Maints épisodes nous l’ont prouvé, où, après de basses eaux électorales, et même de très basses (Gaston Defferre, 5,01 % à l’élection présidentielle de 1969), le PS est revenu en maître sur l’échiquier politique, comme on dit.
Il n’y a aucun miracle à cela. Depuis longtemps, le Parti socialiste n’est plus un parti de militants (peu nombreux dans les sections locales), mais un parti d’élus et de cadres engendrés par les petites et grandes féodalités administratives. Mais cette ossature quasiment professionnelle, dont la popularité peut s’appuyer sur une bonne gestion locale, est en fait l’émanation d’une assise sociale importante.

Certes, le temps est révolu où l’ancien Parti socialiste SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) jouissait d’une vraie audience chez les ouvriers (pour employer un mot quasiment banni du vocabulaire actuel). Mais le Parti socialiste, né du Congrès rassembleur d’Épinay (1971), s’enracine dans une partie des couches dites moyennes qui, jusqu’à la crise actuelle, ont accédé à une vie d’aisance à crédit.
Non que ces couches dites moyennes soient le vivier exclusif du PS. La Droite et le Centre y puisent largement.
Mais ce qui peut rassembler une partie d’entre elles derrière le PS, malgré des incarnations gouvernementales et présidentielles plus ou moins décevantes, c’est une Idée de la Gauche, transmise souvent familialement, qui mêle à de sincères considérations humanitaires l’attachement à la République laïque, garante d’une vie commune régie par la justice et l’honnêteté, le tout saupoudré d’un patchwork de réminiscences historiques qui tiennent plus de l’incantation que de la vraie connaissance (l’utilisation du souvenir de Jaurès en témoigne). Convictions dont le flou peut autoriser la dérive vers le Centrisme attrape tout. L’expérience Macron - Valls en témoigne aujourd’hui comme jadis l’expérience Tapie - Mitterand.
Ces couches dites moyennes ont d’autant plus facilement accompagné le rejet de la vulgate marxiste par les successives directions socialistes qu’elles ne sont pas directement confrontées au patronat, à « la lutte des classes ». Le cas est particulièrement net parmi les professions libérales, ou parmi des enseignants dont la vie professionnelle assurée ne relève que d’une hiérarchie administrative. Bref, ces catégories sociales se rejoignent de fait, et souvent de conviction, dans l’acceptation d’un capitalisme supposé amendable.
L’avenir nous dira ce qu’il adviendra de ces engagements dans une société qui a grandement évolué depuis la crise de 2008, et qui ne peut plus vraiment offrir aux enfants de ces couches dites moyennes les mêmes perspectives de réussite sociale.