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Pablo Neruda, Alturas de Macchu-Picchu, Hauteurs de Macchu-Picchu, entame.

 

1947: Neruda recita "Alturas de Macchu Picchu" (completo)

 

Poème écrit après sa visite au Pérou en 1943, et publié à Mexico dans le célèbre poème épique, Canto General en 1950. (Neruda avait dû quitter le Chili à cause de la loi de 1948 interdisant les activités communistes)

 



Del aire al aire, como una red vacía, 
iba yo entre las calles y la atmósfera, llegando y despidiendo, 
en el advenimiento del otoño la moneda extendida 
de las hojas, y entre la primavera y las espigas, 
lo que el más grande amor, como dentro de un guante 
que cae, nos entrega como una larga luna. 

(Días de fulgor vivo en la intemperie 
de los cuerpos: aceros convertidos 
al silencio del ácido : 
noches desdichadas hasta la última harina : 
estambres agredidos de la patria nupcial.) 

Alguien que me esperó entre los violines 
encontró un mundo como una torre enterrada 
hundiendo su espiral más abajo de todas 
las hojas de color de ronco azufre : 
más abajo, en el oro de la geología, 
como una espada envuelta en meteoros, 
hundí la mano turbulenta y dulce 
en lo más genital de lo terrestre. 

Puse la frente entre las olas profundas, 
descendí como gota entre la paz sulfúrica, 
y, como un ciego, regresé al jazmín 
de la gastada primavera humana. 

 

Traduction Roger Caillois :

De l’air à l’air, comme un filet
Vide,
J’allai par les rues et l’atmosphère, survenant et répandant,
Dans l’avènement de l’automne, la monnaie prodiguée
Des feuilles, et entre le printemps et les épis,
Ce qu’un immense amour, comme à l’intérieur d’un gant
Qui tombe, nous livre comme une vaste lune.

(Jours de vive lumière dans l’intempérie
Des corps : aciers convertis
Au silence de l’acide,
Nuits effilochées jusqu’à la plus fine poudre,
Etamines assaillies de la patrie nuptiale).

Quelqu’un qui m’attendait parmi les violons
Découvrit un monde comme une tour enterrée
Plongeant sa spirale plus bas que toutes
Les feuilles couleur de soufre rauque :
Plus bas, dans l’or de la géologie,
Comme une épée enveloppée de météores,
J’ai plongé ma main turbulente et douce,
Au plus génital du terrestre.
J’ai mis mon front parmi les vagues profondes,
Je suis descendu comme une goutte dans la paix sulfurique,
Puis, comme un aveugle, je suis remonté jusqu’aux jasmins
Du printemps humain tant usé.