sciascia-sicilia-metafora

Cf. « Sciascia : La Sicile comme métaphore »
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/02/07/31157640.html

Je viens de relire de Leonardo Sciascia, La Sicile comme métaphore. Conversations en italien avec Marcelle Padovani, Paris, Stock, 1979 - Leonardo Sciascia. La Sicilia come metafora, Milano, Mondadori, 1979.
Ce bel ouvrage proposé par Marcelle Padovani, (éminente et pertinente commentatrice de l'actualité italienne) a été maintes fois réédité depuis, tant en Italie qu'en France. Et il vaut vraiment le détour, pour qui veut approfondir sa connaissance de Sciascia et sa vision de l'Italie. D'autant qu'il est écrit au lendemain de la secousse majeure du terrorisme et de l'échec du "compromis historique", et à la veille de la grande "mutation" du PCI...
Je relève cette incidente de Sciascia à propos du fascisme, qui fit de lui dans son enfance un "ballila" (endoctrinement fasciste et militaire des enfants et adolescents) : 
Dal momento in cui l'essere "balilla" non fu più un peso per me, il fascismo era come se non esistesse. La gente sembrava viverci come dentro la propria pelle. E le dirò questa - per me terribile - verità : ancore oggi credi che una buona parte degli italiani (di destra, di sinistra, di centro) vivrebbe nel fascismo como dentro la propria pelle. Magari dentro un fascismo meno coreografico, con meno riti, con meno parole : ma fascismo."
Ainsi, pensait Sciascia (oubliant quelque peu les opposants persécutés) : de même qu'au temps de Mussolini, les gens vivaient leur vie comme si le fascisme n'existait pas, puisque le fascisme était "un regime che non dia la preoccupazione di pensare, di valutare, di scegliere", (un régime qui évite le souci de penser, de juger, de choisir), la plupart des Italiens d'aujourd'hui, de droite, de gauche ou du centre, vivraient à l'aise sous un nouveau fascisme, peut-être moins ostentatoire, mais tout aussi rassurant en leur évitant toute réflexion, toute responsabilité, tout engagement... Et Sciascia d'affirmer que le "Compromis historique", qui avait la faveur d'une majorité d'Italiens, aurait eu les mêmes effets dans sa "gestion unitaire" d'un pouvoir désormais sans opposition ; en les rendant irresponsables, il les aurait définitivement tranquillisés...
Depuis sont venus Berlusconi et Renzi, et Grillo… Mais le constat, que faisait déjà Pasolini, n’est-il pas toujours valable ? Et ne concerne-t-il que l’Italie ?