Non, je ne fais pas allusion par ce titre aux activistes de « Civitas », ni à « Sens commun » qui a fourni la base logistique du récent grand meeting parisien de F.Fillon. 
Je ne parle pas l’osmose latente ou proclamée entre une partie de la Droite et le Front National [1], ou celle esquissée entre une autre partie de la Droite et l’aventure E. Macron. [2]
Je ne considère pas non plus ici ce fameux socle « pur » de la Droite, qui, malgré les déboires personnels de M. Fillon, lui assurerait entre 17% et 20% des suffrages. 20%, c’est bien, mais c’est peu si l’on vise la majorité absolue.

Je réfléchis seulement sur l’emprise idéologique que la Droite, dans toutes ses sensibilités, exerce sur la société française. Une emprise qui se révèle parfois au grand jour dans des d’impressionnants sursauts protestataires proclamés
« apolitiques».
On se souvient peut-être du 24 juin 1984, où, à l’appel des « apolitiques » associations de parents d’élèves de l’enseignement dit libre, une foule énorme avait déferlé contre le projet d’un grand service public unifié de l’Éducation nationale. Ou encore, tout récemment, des immenses cortèges de « La Manif pour tous », mobilisés contre une mesure sociétale qui révulsait le noyau catholique pur et dur, mais bien au-delà encore. Des simples citoyens, et j’en connais personnellement, ne pensaient pas faire le jeu de la Droite en manifestant selon leur conscience.
Certes, et les sociologues ne s’en sont pas fait faute, on a pu constater en visionnant les reportages, le look « couches moyennes aisées », et parfois BCBG, de la plupart des manifestants [3].
Mais, particulièrement sur ces questions d’éducation, on aurait tort, me semble-t-il, de réduire l’influence de la Droite à cet enracinement sociologique dans des milieux par tradition et par entourage imprégnés de conservatisme catholique.

Je vis dans un département qui fut jadis « rouge », et qui vote aujourd’hui très majoritairement à droite [4]. J’ai pu y constater la montée en force de l’enseignement dit « libre » : combien de fois, ai-je pu entendre des salariés modestes, des employé/e/s, des ouvriers même (il en reste), qui ne se considèrent pas comme "à droite", et qui parfois votent à gauche, m’expliquer qu’ils ont mis leurs enfants à l’école privée, non parce qu’elle est religieuse, mais parce qu’elle est plus « sûre », que l’on n’y côtoie pas « la racaille » comme dans les CES du cru, que l’on y travaille mieux, que l’on y garde les élèves tard le soir si besoin est, etc. etc. Et pour saupoudrer tout cela, un intime sentiment de faire partie de la « bonne société », non  par le niveau de vie, loin de là, mais par l’orientation des enfants aimés dans le « saint des saints » jadis réservé aux classes supérieures.
Et par cette fissure s’infiltre doucement toute une idéologie, toute une vision de la société, qui en définitive peut fournir des bataillons populaires à la droite bourgeoise.

[1] à cet égard, la région PACA a depuis longtemps été un bon laboratoire de cette porosité admise : en 1986, la Droite minoritaire a pu présider la Région en association avec le Front National. En 1998, il s’en est fallu de peu pour que se noue une alliance Droite-Front National pour barrer la présidence aux socialistes. Et même si depuis les dirigeants de la Droite de PACA ont pris nettement leurs distances avec le FN, la porosité est évidente dans une partie de l’électorat : dans mon département, le Var, les dernières élections cantonales l’ont bien montré, avec des reports de voix importants de la Droite au FN au second tour.

[2] Il n’est pas difficile, mais bien intéressant, de classer l’éventail des leaders actuels de la Droite selon les catégories désormais classiques de René Rémond : trois courants de Droite issus de la Révolution française : le conservatisme, clérical et brutalement réactionnaire, qui eut son heure de gloire sous l’État français, mais qui est loin d’avoir rendu l’âme ; l’orléanisme modéré et bourgeois, gestionnaire élitiste, moderniste mesuré et « libéral » ; le césarisme ou bonapartisme,  posant le rapport de l’Homme providentiel salvateur à un peuple tout acquis.

[3] Particulièrement insupportables est, dans ces Manifs pour tous, l’accaparement de symboles révolutionnaires (le bonnet rouge de Marianne et la casquette de Gavroche). Cf. la photo de l’article « Cannibalisme politique » :
http://merlerene.canalblog.com/archives/2014/12/02/31067214.html

[4] Cf. « Du Var rouge au Var… (Vous avez le choix de la couleur ». Un article que L’Express s’est empressé de piller dans son récent numéro sur Toulon, sans référence à son auteur :
http://merlerene.canalblog.com/archives/2015/04/03/31829411.html