En ces temps de ènième réforme de l'ortographe, voici  un texte des plus connus, mais que j’ai toujours grand plaisir à faire encore plus connaître…

 

« Académie française – séance d’hier 23 novembre 1843

 
M.NODIER. – L’Académie, cédant à l’usage a supprimé universellement la consonne double dans les verbes où cette consonne suppléait euphoniquement le d du radical ad.

MOI. – J’avoue ma profonde ignorance. Je ne me doutais pas que l’usage eût fait cette suppression et que l’Académie l’eût sanctionnée. Ainsi on ne devrait plus écrire atteindre, approuver, appeler, appréhender, etc., mais ateindre, aprouver, apeler, apréhender. Si l’Académie et l’usage décrètent une pareille orthographe, je déclare que je n’obéirai ni à l’usage, ni à l’Académie.

M.COUSIN. – Je ferai observer à M.Hugo que les altérations dont il se plaint viennent du mouvement de la langue, qui n’est autre chose que la décadence.

MOI. – M.Cousin m’ayant adressé une observation personnelle, je lui ferai observer à mon tour que son opinion n’est à mes yeux qu’une opinion, et rien de plus. J’ajoute que selon moi, mouvement de la langue et décadence sont deux. Rien de plus distinct que ces deux faits. Le mouvement ne prouve en aucune façon la décadence. La langue depuis le jour de sa première formation est en mouvement ; peut-on dire qu’elle est en décadence ? Le mouvement c’est la vie ; la décadence c’est la mort.

M.COUSIN. – La décadence de la langue française a commencé en 1789.

MOI. – A quelle heure, s’il vous plaît ? »

 

Ainsi relate Hugo (académicien depuis 1841), dans Choses vues, son échange avec le philosophe alors quasiment officiel Victor Cousin