L’Histoire, si tant est qu’elle existe en justicière, comptable des réussites et des erreurs (on peut certes en douter), tranchera sur le bilan du Parti socialiste dans les dernières décennies, et plus particulièrement sur le bilan du Président Hollande. Il est déjà permis de constater, en tout cas, que cette politique « libérale » assumée a assis et conforté la force du Front National.
Un Front National bien utile à tous les courants de la droite comme de la gauche dites de gouvernement. Pointer comme elles le font le danger FN est parfaitement légitime, mais l’utiliser électoralement est une redoutable escroquerie. « Nous ne sommes pas parfaits, mais voter pour nous est la seule façon de faire barrage au FN », on connaît la vieille chanson.
On nous l’a entonnée en mai 2002 pour faire réélire le Président Chirac -19,88% au premier tour, 82,21% au second tour. Et l’on sait comment il a remercié ses nouveaux électeurs.
On nous a encore entonné récemment la chanson dans ma Région PACA où les électeurs de gauche ont été priés de soutenir un candidat de droite dure. Et l’on voit comment il les remercie…
Le système électoral est ainsi fait que dans l’opposition binaire FN – et « Qui que ce soit », c’est « Qui que se soit » qui l’emporte, et avec lui un programme qui bafoue ses ralliés du second tour. Système bien essoufflé qui volera en éclats le jour où, lassée de ce jeu, une majorité d’électeurs choisira, hélas, le camp des éternels pestiférés.
Dans ce contexte, les Puissants (au sens économique s’entend), ne mettent jamais leurs œufs, pardon, leurs obligés (les Décideurs, au sens « politicien professionnel » s’entend), dans le même panier.
En l’occurrence, et de longue date, l’opération Macron avait été mise en place (la cécité ou la complicité du Président aidant), puis téléguidée, en opération survie au cas de défaite de la Droite chérie du MEDEF. Comparez les programmes de M. Fillon et de M. Macron, et pointez les ressemblances et différences… Les premières sont notables en ce qui concerne la politique internationale, mais hélas, les deux se retrouvent sur une politique anti-sociale dure, et les lendemains déchenteront).
Et, grâce à l’étau électoral de la triste Cinquième République, l’opération Macron a parfaitement réussi.
Mais peut-être M.Macron en fait-il trop déjà. M. Macron, après avoir fait applaudir à l’américaine son épouse, puis fait vibrer en musique ses jeunes groupies, a pu renouveler l’opération Sarkozy-Fouquet’s, en « sablant » le champagne toute la nuit en compagnie de notre nouvelle élite « people », on cite pêle mêle Stéphane Bern, Line Renaud, Daniel Cohn-Bendit (ah, Dany le Rouge !), Jacques Attali, Erik Orsenna, François Berléand, Pierre Arditi… Ça promet.
M.Macron ayant désormais la quasi certitude d’être élu Président, n’en doutons pas, les politiciens professionnels en quête de mandats et de postes vont aller à la soupe. Et le FN, bien regonflé cependant d’électeurs de droite (et pas seulement) rongera son frein en attendant des jours meilleurs (personne ne s’en plaindra, en dehors de ses électeurs).
Je regardais hier dans un des débats électoraux une jeune représentante de M.Macron stigmatiser M. Mélenchon qui n’avait pas appelé illico à voter pour notre sauveur. Et de renvoyer dans les cordes le digne allié écolo de M. Hamon, qui lui demandait si M. Macron tiendrait compte du programme de ses ralliés du second tour : « On verra après, disait la péremptoire et triomphante intervenante, rassemblons nous autour de M. Macron, point final, et que la honte soit sur M. Mélenchon ».
Je n’ai jamais été un supporter aveugle de M.Mélenchon, j’ai voté pour lui sans enthousiasme et sans illusions, mais je pense que sa position est parfaitement légitime et démocratique quand il dit que c’est aux adhérents de son mouvement de décider de leurs choix. Je ne fais pas partie de ce mouvement, mais, toute ironie facile mise à part, je me consulte moi-même sur mon choix. En tout cas, il ne sera jamais celui du FN.
Par ailleurs, j’ai entendu sans étonnement la déclaration de M. Laurent, au nom du PCF, (qui avait fait discrètement campagne pour M. Mélenchon). Il appelle illico à voter Macron, faute de mieux, pour faire barrage à l’extrême droite, et pose légitimement en perspective les législatives. Mais les récentes palinodies électorales du PCF l’ont rendu bien inaudible, et je doute que la déclaration de M. Laurent ait de l’effet sur les militants de La France insoumise, partagés entre la fierté d’un score incroyable et la déception de ne pas accéder au second tour.