Un rappel lancinant dans mon interrogation sur mon vote au second tour de l’élection présidentielle :

2002 (c’est de la préhistoire pour les jeunes électeurs), premier tour des présidentielles, coup de tonnerre, J.M. Le Pen est au second tour, L. Jospin est éliminé.
Une semaine après, à l’occasion d’un 1er mai vidé de toute revendication sociale malgré la présence des leaders syndicaux, une marée humaine déferle à Paris de la République à la Nation, pour clamer son refus de l’extrême droite. Dans ce vrai peuple rassemblé, on  rencontrait les leaders de la gauche dite de gouvernement, et, bien en vue, l’aristocratie médiatique et culturelle des Belles Âmes si donneuses de leçon. Les leaders de la droite s’étaient quelque peu abstenus, car, comme le dit alors le président de la région, un certain F. Fillon, manifester n’était pas dans leur culture.
Et il en fut de même de toute la France. Je me souviens de l’impressionnante manifestation de Toulon, qui venait en 2001 de se débarrasser de sa municipalité frontiste au profit d’une municipalité de droite.
Et dans ce contexte, de la gauche à la droite, en passant par les écolos, chacun d’appeler à voter « sans états d’âme », pour le Président sortant.
Une semaine après, le score de J.Chirac bondissait de 19,88% à 82,21%, et « le pire » était donc évité. Exit le Pen, oublié le Front National, retour aux affaires sérieuses entre bons professionnels de la gouvernance !
Pour tout remerciement, sous la houlette du « Président de tous les Français », la droite mit en œuvre une dure politique antisociale, dans la soumission aux impératifs de Bruxelles. Politique qui devait être sanctionnée, trois ans plus tard, par le NON populaire au projet de constitution européenne.
Un NON que la droite et la gauche dites de gouvernement s’empresseront de transformer en OUI par la voie parlementaire.
Comment s’étonner après cela que depuis le score du Front National n’ait cessé d’augmenter, qu’il soit ce mois-ci bien supérieur à celui de 2002, et que 30 à 40 % des sondés, et peut-être plus, s’apprêtent à le soutenir au second tour !

Demain, chacun évidemment votera selon sa conscience, et je garde pour moi mon choix. En tout cas, je vois dans mon entourage amical bien des électeurs de Mélenchon décidés à voter blanc, et bien des électeurs de Hamon ou de Mélenchon décidés à écarter le bulletin blanc pour éviter « le pire », donc à voter Macron. Mais si ces derniers choisissent d’assurer la victoire du candidat de la finance et de l’osmose droite-gauche de gouvernement, qu’ils se préparent au moins à de rudes luttes sociales défensives.