nef-des-fous

La Nef des Fous

Dans ce débat qui dès le début manquait grandement de dimension présidentielle, et singulièrement de contenu sérieux, (pour ce que j'en ai vu en tout cas, car il m’a envoyé au lit avant la fin), le candidat pour lequel les Français semblent vouloir en majorité se décider, a accusé sa rivale d’être « l’héritière d’un nom, d’un parti politique, d’un système qui prospère sur la colère des Français depuis tant et tant d’années ».
On ne saurait mieux dire, sauf à ajouter que le dit candidat, quoi qu’il en veuille, est le fruit téléguidé du système qui a fait gonfler la colère, et qu'il entend bien perpétuer ce système.
Ce qui ne manquera pas, au-delà des élections, de gonfler le score, déjà énorme, de quelque 40% et plus promis par les sondages à la candidate de l’extrême droite et désormais de la droite extrême.
Quel tour de force, (bien aidé en son temps par la manœuvre politicienne de Mitterrand qui voulait gêner électoralement la Droite) de transformer un groupuscule de nostalgiques de Maurras et de l’OAS, quelque peu saupoudré de BCBG, en une immense et démagogique chambre de résonance aux frustrations nationales et à la colère sociale !  Presque un électeur sur deux !
On est mal, on est mal dans cet étau électoral où la Constitution inique de la Cinquième République nous enferme…
Rendez-vous lundi matin pour voir ce que Emmanuel Macron fera de la Nef des Fous de ses soutiens de tous bords, ou presque (l’éventail est assez savoureux, du PCF à LR, en passant par les enthousiastes éléphants roses), et ce que ces soutiens, enthousiastes ou contraints, feront de l’après présidentielle, législatives aidant.
Tancredi Falconeri, le jeune et séduisant aristocrate du film de Visconti, le Guépard,  avait eu cette phrase fameuse pour justifier son apparente conversion à la Révolution du Risorgimento : « pour que tout reste comme avant, il faut que tout change », « cambiare tutto per non cambiare nulla ». Il y a fort à craindre que le jeune et séduisant candidat (qui n’a pourtant pas, me semble-t-il, le charisme du Delon de 1963) n’ait déjà fait sienne cette maxime.