Cf. sur ce blog : "Misère de la philosophie contemporaine..."
http://merlerene.canalblog.com/archives/2016/10/05/34348281.html

 

arton717

Extrait de la préface lumineuse (précédant un corpus vraiment plus ésotérique pour le profane lecteur) : Alain Badiou, L’aventure de la philosophie française depuis les années 1960, La fabrique éditions, 2012, 2014.****
L’ouvrage traite de ce que Badiou qualifie de grand moment philosophique de la deuxième moité du XXe siècle, avant que ce qu’il appelle « la vogue actuelle de la « philosophie politique". C’est le retour un peu triste à la tradition académique et réflexive. »

« On pourrait presque dire qu’un des buts de la philosophie française a été de créer un lieu d’écriture nouveau, où le littérature et la philosophie seraient indiscernables ; un lieu qui ne serait ni la philosophie comme spécialité ni exactement la littérature, mais qui serait une écriture où l’on ne peut plus distinguer la philosophie de la littérature, c’est-à-dire où l’on ne peut plus distinguer entre le concept et l’expérience de la vie. Car, finalement, cette invention d’écriture consiste à donner une vie littéraire au concept.
À travers cette invention, cette nouvelles écriture, il s’agit de dire le nouveau sujet, de créer, dans la lange, la nouvelle figure du sujet. Car le sujet moderne, enjeu ultime du moment philosophique français, ne peut être le sujet rationnel et conscient directement venu de Descartes ; ni être, pour le dire plus techniquement, le sujet réflexif ; il doit être quelque chose de plus obscur, de plus lié à la vie, au corps, au sujet moins étroit que le sujet conscient, quelque chose qui est comme une production ou une création, concentrant en elle  des forces plus vastes. Qu’elle adopte, qu’elle reprenne le mot « sujet », ou qu’elle le destitue au profit d’autres vocables, c’est cela que la philosophie française essaie de dire, de trouver et de penser. »

Je dois préciser que parmi ces auteurs, dont certains m'ont été d'un grand apport, d'autres ne sont vraiment pas ma tasse de thé, mais je ne suis pas philosophe, et, comme l'indique souvent Badiou, le débat "technique" est mené entre philosophes. Alors....

 

****Présentation de l’éditeur :

Avec Alain Badiou, nous avons la chance d’avoir à la fois un témoin et un acteur dans le domaine. Ceux dont il parle dans ce livre, il les a tous connus : les uns ont été ses maîtres (Althusser, Canguilhem), d’autres de grands aînés (Foucault, Deleuze), d’autres des contemporains (Rancière, Lyotard, Nancy). Certains sont ou ont été des compagnons de lutte, d’autres des adversaires philosophiques. Cette traversée est irremplaçable : très rares sont ceux qui peuvent rassembler de tels textes.
Dans ce livre, il est question de la Révolution culturelle, bien sûr – chez Lardreau et Jambet (L’Ange), de Kant (chez Françoise Proust), du sujet (chez Canguilhem, et, de façon presque opposée, chez Ricœur). On y trouve un long texte sur Rancière (« J’en ai dit par le passé assez de mal, ma réserve est épuisée. Oui, oui, nous sommes frères, tout le monde le voit, et moi aussi, à la fin. »).
Badiou rend hommage à Sartre (« un de nos rares éclaireurs »), à Althusser (celui de 1966, époque de Lire le Capital). Il est plus critique envers Jean-Luc Nancy (« Je me suis demandé si la tâche la plus ingrate et la plus difficile n’était pas de tenter de dire du mal de cet homme incontesté ») ; envers Lyotard, mais non sans respect (« Si pour moi Jean-François Lyotard, le philosophe, regarde exagérément au désert de sable du multiple, il faut convenir que “l’ombre d’un grand oiseau lui passe sur la face” »). Critique admirative, encore, que celle du Pli de Deleuze (« Quand on lit Deleuze, on ne sait jamais exactement qui parle, ni qui assure ce qui est dit, ou s’en déclare certain. Leibniz ? Deleuze ? Le lecteur de bonne foi ? L’artiste de passage ? »)
Ce livre constitue un grand ensemble philosophique, parfois difficile, souvent drôle, toujours original et passionné.

Alain Badiou
Alain Badiou est né en 1937 à Rabat (Maroc). Philosophe, mais aussi romancier et dramaturge, Alain Badiou cherche dans la pensée et dans l'art d'écrire tout ce qui est compatible avec une politique égalitaire. On citera, en philosophie, Logique des mondes (Seuil, 2006) ; pour le roman, Calme bloc ici-bas (POL, 1997) ; pour le théâtre, Ahmed le subtil (Actes Sud, 1993) ; pour les essais politiques, Le Siècle (Seuil, 2004).