Dans les années 1970, j’animai un cours informel de provençal à La Seyne, avec la participation conviviale d’une quinzaine de personnes, adultes consentants.
Ce qui m’avait collé, selon les points de vue extérieurs, la réputation d’expert en la matière, ou de ringard absolu.
Un jour, attiré par ma réputation d’expert, un vrai prolétaire s’en vint me trouver et me dit :
« René, dis moi comme on écrit ça, parce que je veux le marquer sur le mur de la Muraillette ». (La Muraillette, pour qui en ignorerait, était l’ancienne et populaire appellation du stade de rugby, officiellement stade Victor Marquet. Appellation directement venue d’ailleurs du provençal).
Et il me montra son papier :
« Senso lei coumunistos serién foutus ».
Je ne me suis pas embarqué dans des considérations graphiques, et je lui ai dit que c’était fort lisible comme cela.
Et en effet, deux ou trois jours plus tard, à l’entrée de la ville on pouvait lire en blanches lettres géantes ce point de vue.
Inutile d’insister sur le fait que, dans cette période de prise de main du parti socialiste sur un parti communiste en déclin, l’admonestation méritait discussion ! Et elle fut discutée, j’y reviendrai peut-être…
Cependant, en tant qu’expert graphique présumé, j’ai eu droit à des remarques acerbes sur l'inscription, émanant de militants occitanistes et mistraliens extérieurs à mon cours : ce n’était pas « la bonne graphie » !
Peu leur importait la question politique fondamentale soulignée par l’inscription : les uns auraient voulu que cette soudaine apparition provençale soit rédigée en bonne graphie mistralienne ("senso li coumunisto serien foutu") et les autres qu’elle soit rédigée en bonne graphie occitane ("sensa lei comunistas seriám fotuts")….