Les politologues ont depuis longtemps traité sous l’angle de la psychologie, voire de la psychanalyse, des conduites sociales soutenant le culte de la personnalité, cher aux régimes totalitaires : besoin du chef issu d’un rapport infantile au père, dessaisissement, oh combien rassurant, de notre libre décision…
Si pour nombre d’historiens, l’ethos monarchiste est demeuré dans nos gènes (et Bonaparte ne s’était pas fait faute de l’utiliser pour clore la Révolution), on ne peut dire que la France ait cédé à ses sirènes, hormis la période Pétain… Encore que… J’ai connu un Parti communiste où Maurice Thorez était « l’homme que nous aimons le plus », après Staline bien entendu. Et j’ai subi la vague d’idolâtrie gaullienne au lendemain du coup de force de mai 1968, quand nous nous sommes retrouvés moins de 18 % des électeurs à refuser l’avènement du pouvoir présidentiel… D'une certaine façon, je ressens la même chose devant l'actuelle déferlante Macronmania...
Certes, la Constitution actuelle et ses modalités électorales mettent plus en avant des personnes que des programmes : on l'a constaté avec Sarkozy, on le constate aujourd'hui, dans des registres politiques opposés, au FN comme à La France insoumise, où les leaders charismatiques sont portés par la fusion d'individus atomisés, définis comme "les patriotes", "les gens", dans une dimension d'allégeance verticale au chef qui met à bas les formes traditionnelles de vie des partis : on leur substitue le défoulement dans les rhizomes des réseaux sociaux, où poussent spontanément les « petites mains » des followers. Mais l'exemple le plus achevé est bien sûr l’entreprise médiatique de Macronmania qui fait d’un quasi inconnu notre Guide auréolé de jeunesse et de modernité, renvoyant aux égouts de l’histoire les partis politiques et les idéologies… Mais sur un fond oh combien significatif de désenchantement et d'abstention massive.
Bref, dans des familles politiquement si différentes, c’est la même mutation qui est à l’œuvre, portée par l’écœurement devant les faillites des présidences successives. 
En ce qui concerne la famille dans laquelle je me suis toujours retrouvé, la Gauche de la Gauche pour avancer une définition peu satisfaisante, je m’interroge sur la déconnexion possible, sinon probable, de l’entreprise mélenchonienne avec la réalité des mouvements sociaux et leurs réalisations politiques. Podemos, qui l’a inspirée, procède d’un véritable mouvement social, enracinement qui n’existe pas (encore ?) en France. L'avenir nous dira si la conscientisation que l'entreprise Mélenchon a apportée, et la révélation corrélative de nombreux militants, modifiera ce rapport vertical au profit d'une véritable dialectique "base-sommet".
Dans son état actuel, le « dégagisme » français, bien proche à certains égards de ce que connaît l’Italie avec le mouvement Cinque Stelle de Grillo (en baisse de régime), ne semble guère porteur de reconstitutions politiques ouvrant des perspectives de progrès démocratique et social. Sauf si une conscientisation advient, au plus profond, sur la réalité du mode de production capitaliste et de ses implications idéologiques, et, partant, sur les formes de luttes dégagées de toute infantilisation.
Pour mon compte, j’ai toujours essayé de contribuer à cette conscientisation dans ce blog qui entrera en léthargie au lendemain  du second tour, en évitant ainsi la répétition stérile d'analyses et de propos déjà tenus.