Quand un président ivre de lui-même se permet de traiter de « fainéants » les opposants à ses réformes, comment ne pas se sentir encore plus partie prenante de la protestation syndicale et politique qui se développe ?
La vocation des syndicats est de défendre les intérêts des salariés, celle des politiques, dans la protestation et au-delà, est d’ouvrir des perspectives de changements crédibles.
Si je considère la famille politique qui a toujours été la mienne, (celle qui considère que la racine du mal est dans le système capitaliste et que rien de valable ne peut se faire si l’on oublie, ou abandonne, l’objectif de la suppression de la propriété capitaliste des grands moyens de production et d’échange), je ne peux que m’interroger sur les perspectives de changement que proposent la France insoumise et le Parti communiste.
J’ai voté pour la première aux présidentielles, pour le second aux législatives, et j’ai naturellement lu avec attention leurs programmes. J’y ai trouvé abondance de considérations intéressantes et je ne peux que vous inviter à vous y reporter.
Je suis cependant face à des interrogations qui m’empêchent de pleinement adhérer à ces démarches.
Voyons cela.

Du côté du Parti communiste, on propose (comme déjà en 2012) la réforme du Traité de Lisbonne, le placement de la Banque Centrale Européenne sous le contrôle du Parlement européen, la mise en place d’un Fonds européen de développement social. Pour que ces propositions ne demeurent pas lettre morte, on peut se demander sur quelles forces populaires elles pourraient s’appuyer, et par quels moyens, autres qu’un bien improbable coup de baguette magique, l’Union européenne consentirait à ces bouleversements. Pour autant d’ailleurs, la direction du Parti ne semble pas vraiment mettre au premier rang de ses préoccupations l’analyse approfondie de la crise économique et les solutions à cette crise, et préfère dresser un catalogue de revendications en demandant aux « gens » de formuler leurs souhaits. Ce qui ne mange pas de pain, alors qu’on continue à jouer la carte de la proximité avec le Parti socialiste dans le cadre électoral. Bref, rien qui fasse vraiment vaciller sur ses bases l’Ordre établi.

Du côté de la France insoumise, on propose une économie libérée de la finance par l’arrêt de la spéculation et le contrôle de la finance, et une Europe libérée des traités. Plan A et plan B à l’appui, la France insoumise se déclare prête pour la sortie éventuelle de l’Union européenne et de l’Euro. On est ici dans une perspective radicalement différente de celle du Parti communiste : la France insoumise, par la voie de son Líder maximo, se déclare prête à assumer immédiatement les responsabilités gouvernementales, et à les assumer seule, portée par un immense mouvement de conscientisation populaire. On ne demanderait qu’à la croire si on n’oubliait pas l’expérience grecque, qui a vu Syriza et Tsipras, initialement adulés par J.L.Mélenchon, baisser pavillon devant les exigences européennes, alors qu’ils jouissaient d’un immense aval populaire. Que dire alors d’une expérience en solo qui ne s’appuierait, allez, soyons large, que sur un quart des citoyens ? L’ombre du Chili et de l’expérience minoritaire Allende (37% des suffrages) pèse encore sur nous, et c’est pour éviter cette catastrophe que le Parti communiste italien s’est suicidé au profit d’un réformisme sans danger.

Alors, se résigner ou s’engager plus lucidement sur les chemins aventureux du changement ?