0949

On le sait, ou on ne le sait pas, le grand Rossellini, le fondateur du néoréalisme italien avec deux terribles constats sur la situation italienne lors de la chute du fascisme, Roma città aperta [1945] et Paisà [1946], fit ses premières armes cinématographiques au service de la propagande belliciste du régime fasciste, le seul qu’il ait connu dès sa jeunesse (il était né en 1906). Un régime auquel sa riche famille bourgeoise romaine adhérait pleinement.

J’ai revu cet été sur Rai storia le Benito Mussolini [1962] de Rossellini et Pasquale Prunas, un impressionnant montage d’archives présentant la vie privée et publique du Duce, jusqu’à la macabre exposition de sa dépouille Piazzale Loreto, à Milan. Amère revisite de l’aventure dans laquelle un peuple, contraint ou conquis, s’était laissé entraîner et qui lava la souillure dans la guerre civile finale. Dix sept ans à peine la chute du régime, le documentaire, rappel d’une époque que beaucoup voulaient oublier dans la nouvelle Italie consumériste, sonna à la fois comme un constat de l’adhésion au fascisme, et comme un rituel d’expiation collective…