Yvon Quiniou, Misère de la philosophie contemporaine au regard du matérialisme, L’Harmattan 2016
J'ai évoqué la parution de cet ouvrage dans un article précédent :
http://merlerene.canalblog.com/archives/2016/10/05/34348281.html
J'y suis revenu cet été. Saine lecture.

L’entame de l’Avant-propos :

« Ce livre ne répond pas à ce sentiment de tristesse qui, selon Deleuze, nous pousserait tardivement à réfléchir sur ce qu’on a fait tout au long d’une vie, à savoir, dans mon cas comme dans le sien, de la philosophie. Non, il répond à une motivation constante chez moi, mais qui s’est aiguisée ces temps-ci : philosopher non seulement pour comprendre le mode, mais aussi pour contribuer à son amélioration, répondre donc à ce que Christian Godin a justement appelé une « démoralisation » des consciences qui tend à perpétuer l’ordre social proprement inhumain que nous connaissons et qui va s’aggravant. Car cette inhumanité se nourrit aussi, même si on n’en a pas conscience, de discours philosophiques contemporains, de diverses natures et venant d’horizons différents, mais qui ont en commun à la fois de brouiller l’intelligence des choses humaines et d’étouffer notre réactivité indissolublement morale et politique face à ce qu’il y a d’indignes en elles. Ce brouillage y a sa part : comment s’indigner devant des iniquités sociales que l’intelligence n’a pas éclairées ou dont elles n’ont pas révélé la nature ? Ce faisant, ces discours contredisent la double finalité originelle de la philosophie, à savoir très simplement mais très fortement, la recherche du Vrai et du Bien (ou d’un Bien) par delà la foule des opinions qui les voilent. Je voudrais montrer que ce double objectif, originel j’y insiste, donc consubstantiel à sa définition, l’a accompagnée longtemps durant son histoire, même si son contenu a largement varié, mais qu’elle ne peut plus le poursuivre et l’atteindre sous sa forme traditionnelle. Elle doit désormais s’y consacrer en pensant théoriquement avec la science positive et repenser son objectif pratique, pour une part, sur la base matérialiste que la science impose, hors de cette démarche purement individuelle qui avait pour nom la sagesse et qui peut être revue sous la forme d’une sagesse sociale, que la crise écologique nous impose, et d’une politique morale que les meilleurs de nos philosophes (Rousseau, Kant) avaient anticipée : la barbarie du capitalisme mondialisé nous impose de la mettre en œuvre, mais à partir de prémisses complémentaires et concrètes que le marxisme [1] nous a heureusement fournies. »

[1] J'adhère à la formule, mais, puisque je me considère comme marxiste, elle m'amène à considérer comment je me situe aujourd'hui dans les diverses familles, parfois antagonistes, qui se réclament du vieux Karl. J'y reviendrai donc.