J’ai toujours été circonspect devant les dirigeants politiques qui donnent des consignes de vote pour un second tour auquel ils ne peuvent être présents.
Pour ma part, lorsque j’ai été amené à voter pour un second tour, ce n’est pas l’appel du candidat pour lequel j’ai voté au premier tour qui me déterminait, mais mon examen de conscience personnel.
Je suis encore plus circonspect lorsque j’entends un dirigeant politique s’approprier les voix qu’il a obtenues. Pour M.Macron sont « siens » les 66,10% de suffrages du second tour. Et du haut de « ses » 7.000.000 de suffrages au premier tour, M.Mélenchon renvoie au néant ceux qui osent lui faire des remarques.
Chacun sait pourtant que, en l’occurrence, le choix des électeurs a été guidé, certes par la personnalité et le programme des candidats, mais aussi par des raisons qui dépassaient, et de loin, personnalités et programmes. M. Macron peut dire merci à l’injuste suffrage à deux tours et à Mme Le Pen. M. Mélenchon devrait considérer que par millions se sont reportés sur son nom des électeurs de sensibilités diverses, mais désireux d’ancrer le plus à gauche possible la protestation contre le bipartisme mortifère LR-PS, sans pour autant sacrifier au culte du Líder maximo.
Mais tout se passe comme si l’un et l’autre ne tenaient pas compte de ces évidences.
Cette cécité volontaire risque fort d’être fatale, à terme, pour M.Macron le mal élu. La sourde colère du pays peut lui faire payer son outrecuidance au service des nantis, cependant que le FN est comme on dit chez moi « à l’agachon », c’est-à-dire aux aguets et prêt à tirer le gibier.
Quant à M.Mélenchon, je ne peux que souhaiter que son énergie, son charisme, son désir de voir triompher la protestation ne se transforment pas en ivresse négatrice de la diversité de ceux qui l’ont soutenu au premier tour (et j’en suis). La mobilisation populaire en risquerait à terme l’impasse et la déshérence.

PS (si j'ose dire) : je précise que je n'appartiens à aucun parti.