En réponse à une tribune de Guillaume Peltier parue dans le Figaro (8 novembre), notre philosophe et essayiste national Michel Onfray a lancé son appel : « Dégageons les Robespierrots et lançons la révolution girondine ».

Il déclare notamment : « Les Robespierrots, pour parler comme Olympe de Gouges, elle aussi raccourcie par le prétendu incorruptible, ne se trouvent pas que chez les actuels dévots bien connus de Robespierre : ils sont chez tous ceux qui estiment que Paris doit faire la loi aux Provinces, d’autant que Paris n’est plus que la chambre d’enregistrement de Bruxelles.
Je partage ce désir de révolution par le retour du pouvoir des provinces ».

Cet hymne aux Girondins a également retenti à nos oreilles à propos du récent congrès des maires, échaudés par les mesures Macron : la fronde girondine des territoires contre le pouvoir jacobin….
Bref, la falsification historique de l’opposition Jacobins – Girondins semble on ne peut plus d’actualité.

Le moment est peut-être venu de rappeler aux citoyens ignorants de ce lointain passé que si les Girondins se défiaient de Paris, la Mère de la Révolution, ils se défiaient tout autant de la plèbe de leurs villes et de leurs campagnes. Les Girondins étaient des bourgeois provinciaux, souvent de grands bourgeois, qui ne souhaitaient pas que la Révolution aille plus loin que l’abolition de la Féodalité. Une France divisée en « citoyens actifs » et « citoyens passifs » non propriétaires et privés du droit de vote leur convenait parfaitement, une France qui depuis la loi Le Chapelier de 1791 interdisait les « coalitions » syndicales et les grèves… Je n’en veux pour preuve que la cité où je vis, où la bourgeoisie girondine, avant de livrer le port aux Anglais et aux royalistes, avait durement maté le petit peuple montagnard.
Faut-il également rappeler que lors de leur passage au pouvoir, et malgré l’opposition de Robespierre, les Girondins furent des boutes feux qui engagèrent la France dans une guerre de conquête dont l’issue fut le pouvoir personnel d’un général.

Le moment est peut-être aussi venu de rappeler que les sociétés populaires jacobines (montagnardes) furent la sève de la Révolution, qu’elles parsemaient la France, et donnaient par leur énergie au Comité de Salut Public les moyens de sauver la Révolution. Salvation momentanée, car, avec le gel de la Révolution par les élites montagnardes, et la chute consécutive de Robespierre, la République repassait dans les mains des gros possédants.

L’appellation de « jacobin » appliquée aujourd’hui à Emmanuel Macron ne peut que faire sourire. Certes, son pouvoir autocratique a pour siège Paris, et a pour moyens le caporalisme ministériel et préfectoral. Mais on confond la nature du pouvoir et le lieu du pouvoir. La nature du pouvoir est de défendre les intérêts capitalistes. Mais, me dira-t-on, vous êtes donc un méchant « centraliste » contre la nécessaire « décentralisation » ? C’est vraiment mal poser le problème. J’y reviendrai.

Le lecteur pourra également trouver des éléments historiques dans : Gauche : Modérés et radicaux ?