« D’autre part, il faut aussi considérer le rapport entre autosuffisance et amitié : comment peuvent-elles s’accommoder l’une de l’autre ?
On peut en effet se demander si quelqu’un qui se suffirait totalement à lui-même peut avoir ou non un ami, dans l’hypothèse où c’est le besoin qui fait rechercher un ami. Est-ce qu’on ne doit pas plutôt repousser cette éventualité si l’homme de bien s suffit parfaitement à lui-même ? Car si, avec la vertu, l’homme est heureux, que peut-il avoir besoin d’amis ? Pas besoin en effet de personnes utiles pour qui se suffit à lui même, ni de personnes qui l’égaient, ni de quelqu’un pour partager son existence, puisque lui se satisfait de sa propre compagnie ? »
Aristote, « Éthique à Eudème », Œuvres choisies, la Pléiade, p. 358)

Qu’aurait-il dit de ces temps de face à face solitaire avec son écran, et de prolifération d’amis que l’on ne verra jamais… Nouvelle forme de l’autosuffisance, et de la béatitude ?