Quid de l’idéologie macronienne ? Entre le « dit » et le « Non dit », on peut en tracer aisément les contours.
C’est devenu un poncif de dire qu’il est en quelque sorte le président des riches, et de l’upper-middle-Class, (pour employer la langue dont il fait plastron).
Pour autant, la pensée (complexe comme on le sait) de notre Président ne s’englue pas dans la plate adoration du Veau d’Or à la mode Louis-Philipparde, ou des 200 Familles à la mode Poincaré. Sa pensée n’est pas statique, mais dynamique, et pour continuer à filer la métaphore de la Monarchie de Juillet, elle serait plutôt la reprise de la fameuse formule du Chef du Gouvernement, Guizot, en 1843 : « Éclairez-vous, enrichissez-vous, améliorez la condition morale et matérielle de notre France. »
On se souvient de son discours d’inauguration de la Station F, campus géant dédié aux start-up, le 26 juin 2017 : il y imposa la vision d’une société où l’égalité (présumée) des chances offre à qui étudie et qui travaille dur l’accès à la couche de « ceux qui réussissent », à laquelle il oppose sans état d’âme « ceux qui ne sont rien ». La France des Capacités et la France des Exécutants. La Tête et les Jambes.
L’avalanche de critiques qui s’en suivit n’entama en rien cette vision élitiste, voire aristocratique. Aucune autocritique de la part de notre Winner. Au contraire, lors de sa  première interview télévisée, le 16 octobre, il proclamait : « Il y a des hommes et des femmes qui réussissent parce qu’ils ont des talents, je veux qu’on les célèbre… Si l’on commence à jeter des cailloux sur les premiers de cordée, c’est toute la cordée qui dégringole ».
Donc l’affaire est entendue : quel que puisse être le poids des héritages du pouvoir économique et de la fortune, c’est aujourd’hui par la sève de la méritocratie que se renouvelle constamment la jeune couche qui organise et dirige et fait vivre le pays. Et notre Président sait que cette couche de hauts cadres, d’entrepreneurs, de membres des professions libérales, lui est largement acquise, il y a puisé ses helpers et ses députés.
Vaste couche sociologique qu’il ne pas confondre avec la ridicule caste people, qui se bouscule aux pots de la victoire et aux obsèques nationales, mais qui n’a aucune vraie fonction de direction.

Problème : tant que le système politique fonctionne sur le suffrage universel, (et non pas, comme il se devrait en bonne philosophie macronienne, sur le suffrage censitaire réservé aux élites et aux « capacités »), le Président aura besoin des voix de « ceux qui ne sont rien ».
Alors qu’avec son coup médiatique du discours à la Madeleine, il croyait surfer sur la vague populaire Johnny, il a pu mesurer au début de son discours que rien n’était acquis. Ceux qui, comme moi, ont regardé en direct la cérémonie ont pu constater un épisode significatif, que les bulletins d’informations ultérieurs ont occulté. De copieuses huées, des sifflets, les cris de « Johnny ! Johnny ! » ont couvert le début de l’allocution présidentielle. Pas démonté pour autant, l’officiant a fait comprendre à la plèbe des présents que, par une mystérieuse empathie, il s’identifiait à eux. Par la bouche de l’élève des jésuites, du cadre de la haute banque, du ministre élitiste, montait des profondeurs populaires le salut au fils prodigue du peuple français. Quelle maestria !
Mais en renvoyant à cette plèbe son portrait, sans livrer sa pensée profonde (car que pense-t-il véritablement devant ce cercueil, que pense-t-il véritablement de ce peuple qui lui est si étranger ?) la démarche, ici en empathie opportuniste, n’est en rien contradictoire avec la démarche du face à face, qui sous-tendait ses corps à corps tendus avec les protestataires des usines : Je vous ai compris, je sais qui vous êtes, mais je dois vous dire que vous vous trompez, parce que vous ne savez pas.