Céline a été et est toujours salué comme un grand novateur dans la littérature française.
Pour autant, on peut être un grand romancier et un parfait salaud, dispensateur de haines tous azimuts.
On l’oublie trop souvent, il haïssait ses compatriotes méridionaux qu’il estimait déshonorer notre nation. Cf. le billet :
Céline et les Méridionaux

Mais on le sait, sa haine principale, sa haine hystérique inextinguible, était la haine des Juifs, considérés comme un corps étranger à la Nation, qu’il convenait d’éliminer. Il donc pu enfin se féliciter de la mise en œuvre de l’élimination pendant l’occupation. Et après son amnistie en 1951, il n’a manifesté aucun remords. Il mourut tranquille dans son lit, et non entassé dans une chambre à gaz, pendu avec accompagnement d’orchestre, fusillé sous un mirador. L’ombre de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes n’est jamais venu troubler ce que je n’ose appeler sa conscience. Libre à ses admirateurs (dont certains Juifs américains, comme en son temps Milton Hindus) de s’en accommoder. Je ne peux me résoudre à trouver la moindre excuse à ce crime suprême.

Je lis cette semaine dans l’Obs que Gallimard envisage de republier les trois pamphlets antisémites de Céline, Bagatelles pour un massacre (1937), L’école des cadavres (1938), et enfin, sucre sur les poires, Les Beaux Draps, publié sous l’occupation, où il accompagne son antisémitisme meurtrier d’une admiration pour l’occupant.
Que dire ?
Gallimard justifie son projet par des arguments quelque peu contradictoire :
- La liberté d’expression et de publication est un bien inaliénable.
- Il est intéressant de connaître TOUT ce qu’a pu écrire un grand romancier, y compris le pire.
- Certes, il est dangereux de fournir un argumentaire à l’antisémitisme, mais la publication sera accompagnée d’un appareil critique qui désamorcera le péril.
- Et puis, de toute façon, les textes sont déjà connus, et ils sont présents en particulier sur Internet…

Je suis bien persuadé qu’un lecteur adulte peut tout lire, sans pour autant adhérer à ce qu’il lit.

Pour autant, il me semble qu’en l’occurrence, Gallimard devrait renoncer, ne serait-ce par respect pour les victimes de l'antisémitisme. À moins qu’entre le fric et le respect des hommes, Gallimard ne choisisse le fric…